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Interpréter,
c’est d’abord savoir choisir ses chansons, et dans ce domaine
Simone Tassimot, pour son premier album, ne se trompe pas: elle se sert,
dans un répertoire très étendu qui va des chansons
ultra-connues ("La foule", "Milord"…) à
des perles plus confidentielles ("La Mort me hante" de Colette
Magny et Lino Leonardi, "Deux heures à tuer" de Caussimon
et Popp).
Interpréter, c’est aussi savoir susciter le désir
chez un auteur, et là encore, Simone Tassimot tombe juste avec
"Lisbonne Mélodie" (A. Pozzuoli / M. Litwin), qui nous
entraîne dans une errance mélancolique proche du fado. La
beauté de la musique, la justesse des arrangements et la diction
à la fois âpre et extrèmement douce de l'interprète
tranforment le cliché en mystère: "Comme un héros
de Pessoa / Je marche au gré de Baïcha / En espérant
croiser tes pas / Mais je ne te rencontre pas / À Lisbonne il n’y
a plus personne / Et c’est toute ma vie qui s’en va / Sur
ce fado de Lisboa / Lisbonne, mélodie ". (L'autre composition
originale, "Lady day", tentative jazz, est un peu moins convaincante).
Enfin interpréter, c’est, comme le disait Cora Vaucaire,
permettre aux chansons de "changer de formes et de couleurs ".
Et en la matière, Simone Tassimot n'hésite pas: elle se
les approprie, les digère et les restitue d'une façon aussi
neuve que personnelle, à tel point que l'on a parfois l'impression
d'entendre les chansons pour la première fois. Ainsi sa version
de "La Foule", qui prouve par ailleurs que l’art véritable
de la chanson n’est pas dans le coffre, encore moins dans le cri
ou les emportements faciles, mais dans le phrasé et la variété
des couleurs: écoutez comment Simone Tassimot éclaire soudainement,
et avec presque rien, les mots du deuxième couplet ("Et la
joie éclaboussée par son sourire / Me transperce et rejaillit
au fond de moi ") avant de "voiler" son timbre pour le
refrain. Même relecture pour ce "Temps des cerises", que
l'on croyait connnaître par coeur, mais qu’on ne faisait que
fredonner: Simone Tassimot l'interprète a capella, à mi-chemin
de son album, et ce qui aurait pu n'être qu'une pause un peu convenue,
devient le climax d'un récital parfaitement composé,
son centre mystérieux, quasi religieux. Quant au "Mallo Mallory"
de Gainsbourg, Simone Tassimot lui rend tout son sens tragique, mais aussi
toute sa verve ironique (admirablement soulignée par le saxophone),
conformément à l'intention première de son auteur,
qui avait voulu faire un pastiche de chanson réaliste - et très
loin donc de Régine, la créatrice, qui fit le contresens
de la chanter au premier degré, sans distance.
De telles interprètes n'apparaissent que très rarement,
et que leur premier disque leur rende à ce point justice, soit
aussi accompli (il faut insister sur la qualité des arrangements
et des musiciens - l’accordéon de M.Glasko est presque l’écho
de sa voix), voilà qui aujourd’hui est proche du miracle.
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