On
pourrait fredonner quelques mots de Frédéric Botton
pour évoquer l'arrivée de Simone Tassimot dans la
chanson: "Changer de vie, changer d'horizon / Lalalala lalalala
/ Vivre en vagabond selon ses envies / Changer d'amour puisque chaque
amour / Est l'unique amour, l'éternel amour..." (merveille
écrite pour Colette Renard). Car un matin elle aussi, après
des années de bons et loyaux services dans le monde de la
presse, décida de changer d'horizon et de vivre enfin pour
son amour, son unique amour, la chanson.
Au début des années quatre-vingt-dix, cette "jeune
interprète" commence par puiser dans le registre de
la chanson réaliste (Damia, Fréhel...), et très
vite on la qualifie de chanteuse populaire - d'autant qu'elle se
produit surtout dans des troquets et des cafés concert (1)
et que tout en elle, de la voix parlée (gouailleuse) à
l'engagement politique (plutôt contestataire), semble faire
de cette enfant de Marmande élevée dans le Quartier
Latin, une résurgence parfaite de la goualante fin de siècle.
Or (double malentendu), si ses modèles s'adressaient au plus
grand nombre, aujourd'hui le même répertoire est devenu
celui de connaisseurs. Mais surtout, Simone Tassimot a très
vite appris à apprivoiser sa "gouale", à
l'intégrer à la phrase - bref à transformer
l'ornement tapageur en principe moteur, comme si l'extraordinaire
élégance de son phrasé tenait paradoxalement
à une décantation (à la fois intellectuelle
et physique) de la "voix du faubourg".
D'ailleurs Simone Tassimot aurait-elle pu se satisfaire de ce statut
de Gavroche chantant et devenir une sorte d'experte ès chanson
des rues pour touristes nostalgiques ? Quand on a le courage de
tout plaquer pour se lancer, ce n'est certainement pas pour se laisser
enfermer dans un emploi, surtout quand on a trouvé
une voix / voie véritablement unique. C'est ainsi qu'en 2003,
elle publie Chansons, son premier disque à l'équilibre
miraculeux, à mi chemin exactement du rugueux pavé
parisien et du fluide rideau de scène, de l'immédiateté
et de l'extrême finesse. On y trouve des titres issus du répertoire
et d'autres écrits pour sa voix au timbre d'une pureté
incomparable, tantôt âpre et tantôt extrêmement
doux (on se prend à rêver qu'elle chante des berceuses.)
Mais que Simone Tassimot reprenne les mots mille fois chantés
du "Temps des cerises" ou qu'elle "crée"
ceux d'un inconnu, celle qui par ailleurs pratique régulièrement
la lecture publique parvient à les dévoiler tous sans
en isoler aucun.
Nouvelle expérience en 2006 avec un récital entièrement
consacré à Gainsbourg, Simone Tassimot chante
le Gainsblues (mars - avril au théâtre de la Fenêtre),
occasion pour elle de s'essayer à des rythmes et des registres
nouveaux, comme l'ambiance "jazz piano bar" de "Machins
choses". Et par là-même de renouveler l'interprétation
du répertoire de Gainsbourg en l'abordant par sa face nord,
la chanson réaliste, comme seule Régine (2) l'avait
fait auparavant, c'est-à-dire en rétablissant le lien
originel entre Fréhel et Gainsbourg.
Aujourd'hui Simone Tassimot peut (presque) tout chanter. Pourquoi
pas Dalida demain, entre une création de Jean-Marie Sénia
et l'extraordianire "Veuve" de Jules Jouy ?
Simone Tassimot continue d'élargir sa voix comme son répertoire,
mais les multiples chemins de ses recherches conduisent tous à
Rome - à ce phrasé unique qui transcende, transmet
et transporte. Tant pis si l'industrie du disque reste sourde: il
y a longtemps qu'elle semble avoir perdu l'oreille de toute façon.
Suffit que quelques uns se passent le secret.
Didier Dahon,
mai 2006
1 Ils sont relativement nombreux à voir le jour dans ces
années-là: Simone Tassimot chante par exemple au "café
concert débranché" Ailleurs, à Bastille,
en mars 1995 (le programme indique "Chanson française
à texte, réaliste et poétique"), au Loup
du Faubourg à plusieurs reprises, au Limonaire (Qui j'aime
?, Brecht, Ferré, Marianne Oswald, Fassbinder etc),
au restaurant "Les uns et les autres" avec Michel Glasko
à l'accordéon etc.
2 Serge Gainsbourg avait encouragé Régine a enregistrer
un disque de chansons réalistes, ce qu'elle fit en 1993,
deux après la mort de Gainsbourg à qui Mémo
Mélo est dédié.
http://simone.tassimot.free.fr/
[Site officiel] |