| Phantom featuring Jacques Duvall | |||||||
La Flèche
d'or (Paris), le 24
septembre 2007 |
Récitals | ||||||
| Benjamin Schoos (guitares), Pascal Schyns (basse), Geoffroy Degand (batterie) | Sommaire | ||||||
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Jacques
Duvall est un grand parolier, l'affaire est entendue : son style est reconnaissable
entre tous et les 25 ans de recul dont nous disposons aujourd'hui pour
apprécier sa production ne permettent plus de douter de l'existence
de thèmes, d'obsessions, de toute une mythologie personnelle -
bref d'invariants comme on dit à la Sorbonne Nouvelle. Mais à
la différence de Serge Gainsbourg, autre "auteur de la chanson"
qui écrivait à la fois pour le grand public et les happy
few, Jacques Duvall n'est jamais parvenu à s'imposer comme interprète,
malgré plusieurs tentatives depuis le premier 45 tours publié
sous le nom d'Hagen Dierks en 1981, qui montrent qu'au-delà d'un
certain dilettantisme affiché (son deuxième album s'intitule
Je déçois...), le désir de chanter est bien
réel. Voilà donc qu'en dépit des appréhensions
("Pour être franc, je suis assez lâche ; la scène
me fait peur") et des inaptitudes reconnues et assumées ("Dans
la vie je ne suis pas un showman, je n'ai pas cet instinct, alors que
Lio ou Marie France, dès qu'elles arrivent quelque part..."
(1)), Jacques Duvall revient, mais sous le nom de "Phantom featuring
Jacques Duvall", c'est-à-dire en quelque sorte comme vedette
(américaine) d'un groupe fantôme qui tout à la fois
le met en valeur, le protège et lui permet, enfin, de trouver une
voie (et une voix) convaincante(s), comme l'a prouvé le bref concert
de La Flèche d'or. Non pas qu'on y ait assisté à
la naissance d'un interprète au sens traditionnel du terme, mais
on y a constaté avec étonnement la révélation
d'un véritable personnage très différent du discret,
du doux, du charmant Jacques Duvall. Car loin de la pop, plus loin encore
de la chanson, l'auteur de "Seules les filles pleurent" s'est
façonné, avec l'aide des musiciens de Phantom, et notamment
du compositeur Benjamin Schoos, un costume de rocker qui a soudainement
pris tout son sens dans la salle enfumée de la rue de Bagnolet
(sur le disque, la transformation de Duvall semble encore inachevée)
: formation rock classique avec prédominance de la guitare électrique,
niveau sonore très élevé et surtout voix rauque,
forcée, proche du cri parfois, l'ensemble composant un tableau,
un fond sur lequel une chanson comme "John-Cloude" prend tout
son sens, c'est-à-dire gagne une force satirique vraiment stupéfiante
parce qu'ambivalente. Et il faut voir et écouter Jacques Duvall
tour à tour psalmodier et hurler "Il doit y avoir un truc"
sur un accompagnement assourdissant et hypnotique pour saisir le sens
véritable de son retour sur (le devant de la) scène : non
plus "décevoir en parallèle" mais, enfin, s'imposer
- ou plus exactement imposer une créature désabusée,
d'une noirceur et d'une violence presque nihilistes, n'étaient
l'humour et surtout le refus du sérieux, toujours au bord des lèvres.
N'était également la conscience de tenir un rôle et
de jouer un jeu - une conscience que Marie France, qui chanta le tout
premier texte de Jacques Duvall en 1977 ("Daisy"), possède
littéralement comme aucun autre interprète et dont elle
est venue faire une nouvelle fois la preuve sur la scène de la
Flèche d'or, le temps d'une chanson inédite qui paraîtra
en 2008 sur l'album de "Phantom featuring Marie France" : sa
manière d'entrer en scène en jetant avec une rage à
la fois hautaine et amusée les feuilles des textes des chansons
utilisées auparavant par Jacques Duvall, fut comme un geste punk
stylisé, une quintessence tenue à distance, en respect -
pour le spectateur, la pure jouissance d'un geste à la fois absolument
exact et slightly over the top... L'interprétation de la chanson
elle-même, intitulée "Les Nanas", fut de la même
eau grandiose et distanciée, ce qui aida très certainement
le plus soupe au lait des militants de la cause féministe (mais
y en avait-il ce soir-là dans la salle ?) à ne pas confondre
la célébration de la femme fatale notamment à ses
copines, avec de la misogynie ("Les nanas quand j'en vois une qui
traverse / Je freine pas"). |
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Jérôme Reybaud, octobre 2007 |
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1 "Un Duvall, sinon un pastis", propos recueillis par Hélène Hazera, Libération, 1990 |
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Liste des titres :
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