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Les
textes de cet album sont inégaux, hésitant entre une belle
célébration de l'instant et des formules trop appliquées,
ou lourdement signifiantes. Mais nous l'avons déjà dit dans
un article consacré
à un concert de Peppermoon, alors n'en parlons plus, et faisons
la grâce à ces treize chansons d'une véritable "écoute
pop", c'est-à-dire d'une écoute intermittente qui ne
prend pas les textes comme un tout à dérouler du début
jusqu'à la fin, mais comme un réservoir de mots ou d'images
à écouter ou ignorer selon l'instant, la couleur ou l'occasion
musicale. Et dès lors, ce premier album se révèle
une magnifique découverte qui met août et ses petites routes
d'arrière-pays au coeur de juin, et l'esprit d'une certaine pop
anglo-suédoise à celui de Paris. Revue détaillée
et conseils d'écoute :
Après l'orage
Sublime ballade pop d'une noirceur assez française (on pense davantage
à Edith Fambuena qu'aux Acid House Kings), pourvue d'un long refrain
qui dévide sa phrase avec une élégance un peu lasse.
Une chanson pour Françoise Hardy.
[Route détrempée d'Auvergne, fin d'été, neuf
heures du soir]
Les Petits miroirs
Merveilleux accord final (sur "la glace") pour sortir de l'espèce
de boucle enchantée et légère qui a gardé
tout le long de la chanson l'auditeur dans un état de rêverie
douce et grave.
[En allant acheter le pain, un matin bleu de juillet, après une
nuit trop courte]
Barcelone
Autre ballade, plus près du sol, comme un bel interlude pour flûte,
d'une fadeur qui est comme une politesse.
[Cinquante ou soixante kilomètres par heure, vitres ouvertes, vers
midi ; on parle fort dans la voiture]
Nos ballades
La chanson pop parfaite, celle qui fait avancer un peu plus vite et surtout
plus légèrement, celle qui prend immédiatement possession
de tout l'être et lui impose ses couleurs d'âme, celle que
l'on écoute des après-midi entières jusqu'au dégoût,
jusqu'à l'insensibilité.
[Partout sur terre — même à Dubaï]
Bed And Breakfast
Refrain au souffle court, qui empêche le décollage pop, et
qui restreint considérablement l'espace après l'émerveillement
de "Nos ballades". Très jolis "Tam da di dam"
néanmoins.
[Skip]
Un coin tranquille à Shibuya
Belle chanson simple, le moment le plus folk de l'album. Mais sévères
attaques du texte que l'on a du mal à ne pas entendre ("Une
île de rêve dans le réel"...), ce qui peut laisser
l'auditeur un peu groggy.
[Pendant la sieste, département du Var écrasé de
soleil]
Le Thé (feat. Timothy Rabbit)
Autre chanson pop parfaite, mais uptempo. Légère, catchy
comme disent les Anglais, directe. Pourrait avoir été publiée
par le label pop suédois Labrador. Ou être le prochain single
d'Alizée.
[De la vitesse, du vent, du soleil et au moins deux passagers pour le
sing-along et les claps. Matin et après-midi
jusqu'à quatre heures]
Un ange qui passe
Nouvel interlude vocal qu'on écoute distraitement, qui n'ajoute
ni ne retranche. Un ange qui passe, vraiment, avant la chanson suivante.
[Skip ?]
Pour l'instant
Peut-être, textuellement et musicalement, la quintessence de la
pop Peppermoon ? Quoi qu'il en soit, l'un des sommets de l'album, une
chanson qui peut changer une journée, ou une vie, ou bien rester
dans son coin de fraîcheur, toujours prête à nous raccorder
: "J'aime le soleil sur l'eau des rivières"...
[Lumière d'août sur les herbes, sept heures du soir, routes
vides et parfums]
A Rainy Sunday Walz (instrumental)
Comme son nom l'indique. En fait un très court pont musical pour
passer de la sublime lumière de "Pour l'instant" au noir
et blanc un peu piqué de "Joséphine".
Joséphine
Joli titre un peu grave. Il lui manque un je-ne-sais-quoi d'ombre ou de
silence pour toucher vraiment.
[Fin d'après-midi pluvieuse, vu sur le jardin à travers
les vitres]
Et l'on sème
Comme une marche qui avance en tournoyant et qui pourrait durer indéfiniment
dans la lumière du soir qui tombe. Equivalent pop-folk minuscule
des passacailles ou chaconnes placées à la fin des opéras
baroques français : sentiment d'infini, et larmes, face à
ce qui est clôture et ouverture.
[Lumière de fin août, neuf heures du soir sur les herbes
qui passent de l'or à l'ombre, route du retour, il va falloir fermer
les fenêtres]
Lonelunaire (instrumental)
Petit instrumental de rien, qui s'élève vers le grand tout.
Admirable codicille.
[Route de nuit, octobre]
PS : Peppermoon publie parallèlement à l'album, un EP virtuel
de quatre titres intitulé Les Petits miroirs comprenant,
outre ce titre dans une version identique à celle de l'album, une
très courte pièce pour piano ("Tippi berceuse"),
une magnifique ballade qui aurait largement mérité de figurer
sur l'album ("Les Rues tranquilles"), ainsi qu'un duo intrigant
entre la chanteuse Iris Koshlev et Pierre Faa, auteur et compositeur de
la quasi totalité des chansons de Peppermoon ("Orient-Epress").
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