| |
Un
ancien membre des VRP et des Nonnes Troppo, Néry, a "posé
ses textes" sur une douzaine de musiques composées par une
fanfare belge nommée le Belgistan... Sans même avoir écouté
une seule note du fruit de cette collaboration, on a l'impression de déjà
tout savoir, et on est à deux doigts de refermer l'album...
Pourtant la fanfare, loin des clichés (compositions élémentaires,
amusement forcé, fausse joie systématique, voire criarde...),
se montre à la fois moderne et érudite, en particulier lorsqu'elle
évoque dans ses notes les plus sombres, mais sans les singer, Gainsbourg
ou Bashung ("A tout prendre", "A la dérive").
Parfois la fanfare "fanfaronne" comme il se doit, mais avec
légèreté, comme sur le premier titre, "Petites
-M-" (hommage au chanteur M, par ailleurs arrangeur de l'album, avec
Olivier Lude), dont les cuivres, soulignés par les choeurs, enchantent
sans peser et font de ce morceau une manière de chanson de bal
revisitée.
Néry, qui ne pouvait pas rêver mieux pour habiller ses textes,
les porte d'une voix sombre et grave, mais néanmoins extrêment
douce. Cette dualité donne plus de force à la sensualité
de ses textes. Car Néry est véritablement un auteur sensuel.
Qu'il évoque un restaurant de Pigalle où se retrouvent des
tapins sur un rythme hypnotique, inquiétant aussi bien que fascinant
("Alexandre"), ou qu'il chante l'étreinte de deux corps
ivres ("A tout prendre"), ou encore qu'il rêve d'un baiser
de campagne sur une couche improvisée "dans un sillon de terre"
("Comme des amants banals"), Néry se révèle
l'un des rares auteurs de la chanson parvenant à rendre palpables
le désir, l'amour physique, le sexe, avec en outre parfois certaines
fulgurances qui font penser à Marie-Josée Vilar, seule auteur
à célébrer aussi pleinement le plaisir : "Appelant
sur-le-champ / Un baiser à ton cou / Mes lèvres en s'accrochant
/ En voleront le goût" ("Balade habituelle au quartier
imaginaire").
Bien sûr, quand le désir est si intense, la chair ne suffit
pas, et il faut jouir de tout. Ainsi Néry offre des sensations
olfactives assez rares, elles aussi, dans la chanson : "Aux essences
de thym, les figuiers s'abandonnent" ("Comme des amants banals"),
ou encore : "Je rentre, j'ai froid, ça sent le bouillon qu'on
fait cuire / Le touron de miel et d'amandes réveille quelques passions
gourmandes" ("Molitg").... Jusqu'au dernier très
beau titre, "Balade habituelle au quartier imaginaire", dans
lequel le chanteur évoque le bonheur simple d'aller acheter du
pain, dont on partage les deux bouts avec la personne qu'on aime, avant
de prendre un café à la terrasse d'un bistrot. La nonchalance
de la musique convient bien à cette ballade amoureuse qui flirte
finement avec les stéréotypes sans jamais les exploiter
ni s'en moquer d'ailleurs, et finalement nous touche : "Aux étals
du pain et des chocolatines / Se mêleront sarrasin et savantes pralines"...
Odeurs, corps, mimosas ou miel de mandarine... autant de nourritures terrestres
dont on ne soupçonnait pas le Belgistan si prodigue.
|
|
|