| |
Sophie
Makhno, auteur et interprète, fut de 1963 à 1966 la secrétaire
de Barbara, pour laquelle elle écrivit en outre cinq textes. En
2003, elle a publié un livre de souvenirs intitulé La
Barbara que j'ai connue. On pouvait craindre qu'il ne s'agisse, comme
souvent avec ce genre de livre, d'une tentative de profiter du rayonnement
d'une vedette - sans compter le ton hagiographique qui compromet presque
tout ce qui s'écrit aujourd'hui sur Barbara.
Rien de tel dans le petit cahier à spirales de Sophie Makhno, dont
les anecdotes parviennent à faire revivre une femme écrasée
par son propre mythe, ensevelie, embaumée au Panthéon des
Génies de la chanson : des caprices, quelques sautes d'humeurs,
l'amour du luxe et des bijoux (cependant elle n'hésita pas à
en "jet[er] de très beaux dans une bouche d'égout à
Lyon, parce qu'ils lui avaient été offerts par un homme
qui n'était pas en grâce à ce moment-là")...
toutes choses qui dévoilent une Barbara humaine. Et, merveilleux
paradoxe, plus on s'approche de la femme, plus on est touché par
l'artiste, comme rendue à la vie - très loin de tous les
discours qui, cherchant à la glorifier (ou à la rabaisser
d'ailleurs), nous en éloignent.
Les onze chapitres, parfois quelques lignes seulement, sont illustrés
des belles - et rares -photographies de Jean-Louis Dumont (prises entre
1964 et 1966) qui échappèrent aux ciseaux de Barbara, et
qui la montrent, elles aussi avec une fraîcheur inhabituelle et
touchante, tour à tour mutine ou mélancolique, au piano
dans son salon encombré, ou debout, une toque de fourrure sur la
tête... La forme même du livre, présenté comme
un cahier, la couverture noire et la simplicité du titre, en font
une sorte de carnet de notes intimes, que l'on aurait dérobé
pour la connaissance et le plaisir de quelques amateurs véritables,
loin des grand-messes, comme des commérages. Barbara, qui avait
tout de suite compris que sa jeune secrétaire ne serait jamais
une adoratrice, lui avait lancé : "Je sais que tu ne m'aimes
pas". Mais cette distance lucide et attentive n'est-elle pas la meilleure
preuve d'amour ? |
|
|