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| L'éditorial
de juillet 2010 |
La
surprise de juillet 2010 |
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Elle a une mémé en Bretagne. Elle est intermittente. Elle aime travailler avec de super-zikos. Elle a fait un gros travail sur elle-même, sinon elle ne serait peut-être plus là aujourd'hui. La compétition, ça la fait chier. Elle s'habille comme elle veut et elle aime bien être à l'aise. Elle est amoureuse de l'humain. Elle veut des enfants car c'est la plus belle chose au monde. (Entretien avec Jean-Pierre Pasqualini, Platine n° 172, juillet-août 2010). Elle ne veut pas d'une suite au Ritz, ni de bijoux de chez Chanel, ni d'une limousine, ni de personnel, ni d'un manoir à Neufchâtel. Elle en a marre de nos bonnes manières. Elle mange avec les mains. Elle parle fort et elle est franche. Pour elle l'hypocrisie c'est fini. Elle en a marre des langues de bois. Elle est comme ça. Elle veut d'l'amour, d'la joie, de la bonne humeur. Elle veut crever la main sur le coeur. Elle veut que nous oubliions tous nos clichés. ("Je veux", Kerredine Soltani / Tryss - Kerredine Soltani ). Elle a un piercing sur la pommette. Un foulard enroulé au-dessus du front et de longs cheveux qui en sortent de l'autre côté. Elle porte un grand manteau sur des pantalons. Des mitaines (ou des manches de pull trop longues). Elle fait un boeuf avec ses potes zikos aux puces de Saint-Ouen. Elle est super-contente puisqu'elle sourit en réclamant d'l'amour, d'la joie et de la bonne humeur. Ses potes aussi sourient beaucoup. Elle embrasse de vrais gens dans des ruelles ensoleillées. Elle s'adresse à la caméra directement, en gros plan, parce qu'elle est vraie, franche, directe. Elle bouge bien. Elle fait de petits gestes des mains parce qu'elle a la tchatche. Elle a une grosse voix légèrement rauque. Elle fait de super-vocalises un peu ethno-jazz-manouche. (Clip vidéo de "Je veux"). Elle a trente ans et s'appelle Zaz. Cependant elle fait tellement corps avec son discours, et son discours est tellement consensuel et dominant, qu'elle n'a pour ainsi dire plus de nom : elle est l'époque qui parle et qui s'écoute parler, la doxa pure qui se répand et s'admire. Elle se réclame de la réalité contre le cliché, du franc-parler contre la langue de bois, mais chacun de ses sourires, chacune de ses "pensées" est plus stéréotypée qu'une publicité pour Ricoré. Elle répète ce que l'époque lui dicte tout en croyant — suprême vertige — faire preuve d'originalité, de force de caractère, de personnalité. Ses valeurs sont celles de pratiquement tout le monde (refus de l'argent, du luxe, de la contrainte des bonnes manières, de l'hypocrisie, de la compétition, exaltation de la franchise, du coeur, de la simplicité, de la bonne humeur, de l'enfantement) et elle prend la pose de la marginalité sympa. Elle est un petit soldat de la pensée unique qui se rêve en Rebelle sans s'apercevoir que le bon ton, la bonne conscience, les bonnes manières de l'époque, c'est elle qui les personnifie, jusqu'à disparaître en tant qu'individu, jusqu'à ne plus être qu'un pur gosier psittaciste. "Je veux" est l'un des tubes de l'été 2010, paraît-il. L'album se vend très bien. Il a même détrôné de la première place du hit-parade le boys band de prêtres créé par TF1 : d'un catéchisme l'autre. |
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