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| L'éditorial
de févier 2007 |
La
surprise de février 2007 |
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| L'enregistrement
fige, le concert libère. Le premier est faux, mensonger, soupçonné
de tous les traficotages, alors que le second est la sincérité
même. En deux mots, le disque, c'est la mort et le mensonge, et
la scène, la vie et la vérité. Sans compter le
mépris à la fois éthique et économique dans
lequel on tient l'idée même de reproduction à l'identique
: la copie des fichiers numériques déplaît aux industries
musicales, tout comme la reproductibilité d'une interprétation
rebute les adeptes du "spectacle vivant", qui tous font l'éloge
du caractère absolument unique, éphémère,
non reproductible de la performance scénique, loin de l'odieux
clonage exangue que le disque argenté répète mécaniquement,
à l'infini... Ah, le merveilleux "contact avec le public",
différent chaque soir, bien sûr, l'incomparable "salle
qui vibre", la communication organique entre les spectateurs et
l'interprète, mais aussi entre les spectateurs eux-mêmes...
Et puis le concert offre la proximité, ou du moins son illusion,
quand le disque n'existe que dans et par l'éloignement... Tout
se passe comme si l'Occident avait abandonné le lien religieux
non pas pour jouir d'un nouveau temps, celui du "lien défait",
pour reprendre l'expression de Jean-Louis Murat, de la vie dé-liée
et, peut-être, libre, mais pour mieux s'offrir au culte du Lien
lui-même : nous n'allons plus communier à l'église,
mais nos bouches sont remplies de "lien social", de "vivre
ensemble" et de "partage" (notez l'emploi intransitif
de ce verbe : "Il y avait une réunion hier soir. Nous avons
partagé") - et nos nuits de communions ivres dans des Zénith
ou de "petites salles sympas"... Car le "spectacle vivant"
offre ce dont l'époque raffole : le spectaculaire et le sentiment
de la vie, autrement dit l'agitation. C'est d'ailleurs la raison pour
laquelle la "nouvelle chanson française" aime tant
la scène (et déteste tant le disque) : elle peut à
loisir s'y donner l'illusion qu'elle est libre, vraie, amusante, pleine
d'audace et d'énergie, comme il est dit dans un très intéressant
article de Télérama (n° 2975, 17 janvier
2007) consacré à ces jeunes chanteurs qui "donnent
le meilleur d'eux-même" devant un public. La Grande Sophie
par exemple, qui est "un peu claustro en studio", est une
"performeuse" qui n'hésite pas à se lancer dans
un "stage diving effréné, voguant sur le public,
portée par des centaines de mains", ou à "se
payer le culot d'un mini-strip-tease derrière un paravent translucide",
car "la musique est une chose vivante", et que La Grande Sophie
aime "s'éclater sur scène". Bénabar quant
à lui, "n'hésite pas à grimper sur le piano
ou à courir d'un bout à l'autre de la scène"
(mais "sans décor ni tralala" s'empresse d'ajouter
la journaliste, car sinon, ce serait insincère...). Et Zoë
avoue que sur scène, elle "devient hystérique"
et aime y "faire de grands gestes, de grandes grimaces"...
Lâcher la bride, ou se lâcher soi-même, comme on dit,
se laisser aller, s'oublier et oublier jusqu'au concert lui-même,
puisque le spectacle vivant est par définition éphémère,
voilà les conditions actuelles de la jouissance scénique.
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