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de mars et avril 2009 |
La
surprise de mars et avril 2009 |
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Deux
chanteurs, deux "artistes" comme on dit, sont morts à
sept jours d'intervalle : Jacqueline François le 7 mars et Alain
Bashung le 14. Pour la première, un article dans Le Monde
et un entrefilet dans Libération. Pour le second, inutile
de l'écrire : couvertures, gros titres, unes grandiloquentes ("Le
dernier des géants", "La dernière grande voix
de la chanson française"...), dossiers, hommages, dizaines
de milliers de messages sur l'Internet, mais aussi funérailles
à la fois populaires et prestigieuses (un millier de personnes
devant l'église Saint-Germain-des-Près, Catherine Deneuve
à l'intérieur)... Certes quelques facteurs expliquent en
partie une telle disproportion : lorsqu'il est mort, Bashung était
nettement plus jeune que Jacqueline François, et il était
toujours en activité, puisqu'il avait choisi, à l'annonce
de son cancer, de multiplier ses apparitions (Victoires de la Musique,
concerts etc.) plutôt que de se retirer. Mais quelles que soient
les circonstances et leurs conséquences marginales, on ne peut
ignorer l'affreuse, l'injuste, la très exacte réalité
— tant il est vrai que rien n'est plus révélateur
du poids véritable d'un artiste ou d'un chanteur que le traitement
réservé à sa dépouille et à sa mémoire
lorsqu'il meurt : l'un est admiré, aimé, adoré même,
l'autre est ignorée, oubliée, niée presque, ce qui
met davantage en lumière le goût de l'époque que la
valeur intrinsèque de chacun des deux chanteurs. Le goût
de la sobriété vestimentaire, t-shirt et veste noirs, contre
celui de l'exubérance, robe du soir et fourrure ; le goût
du tourment contre celui du printemps à Rio ; le goût de
la rébellion, factice ou réelle, contre celui de la bourgeoisie,
petite ou grande ; le goût de la désinvolture stylée
contre celui de la justesse et de la précision musicale absolue
; en somme le goût du rock contre celui de la jolie chanson, c'est-à-dire
d'une certaine conception de la chanson qui, fascinante inversion des
valeurs, est devenue ce que le rock a été : méprisée,
méconnue, en un mot underground... cependant qu'un certain
rock, lui, passait de l'ombre maudite aux néons des rayonnages
de Carrefour — le piquant (ou l'agaçant) étant que
ses acteurs, même les plus populaires, rechignent à quitter
leurs poses maudites, malgré la pleine lumière des couvertures
de magazines et des plateaux de télévision... La roue tourne
et les destinées se croisent : Jacqueline François fut en
1953 la première chanteuse à avoir vendu plus d'un million
de disques, aujourd'hui un ou deux spécialistes éditent
ses enregistrements pour quelques centaines d'amateurs. Bashung, de son
côté, est passé de l'obscurité de ses premiers
45 tours au top 10 d'Itunes. Alors laissons l'époque pleurer
Bashung et pleurons Jacqueline François puisque personne ne le
fait. Pleurons Jacqueline François puisqu'elle a été
l'une des interprètes les plus populaires de son époque.
Surtout pleurons Jacqueline François pour sa sobriété
déchirante dans "La Complainte des infidèles"
ou son phrasé hors du monde dans "Pour lui"... |
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