Isabelle Adjani
revient à la chanson. Pascal Obispo a élaboré pour
elle un album qui sortira en septembre. Mais, chose extraordinaire,
si l'on en croit l'immortelle actrice de Toxic affair, cet
album de variété n'aura aucun rapport avec la variété.
D'ailleurs ces chansons ne seront pas des chansons, et ces titres pourtant
composés et produits par Obispo n'auront rien à voir avec
Obispo... L'expérience (qui n'est sans doute pas du
tout une expérience: qu'Isabelle Adjani nous pardonne, mais il
faut bien essayer de nommer la chose) se situerait très "au-delà"
du marais dégoûtant de la chansonnette, tellement plus
loin de la mélodie à deux sous et tellement plus haut
que la variétoche que l'on se demande si la rapprocher
de Debussy n'est pas encore trop peu dire (1).
Cependant Pierre Perret est interrogé par le quotidien Le
Monde à l'occasion de la sortie de son nouvel album (édition
du 5 mai). Chose étonnante, l'entretien ne porte pas sur la chanson,
mais sur toutes sortes de sujets politiques ou sociaux (le racisme,
le féminisme, Nicolas Sarkozy etc), à propos desquels
l'auteur du "Zizi" n'hésite pas à donner son
avis. Il en profite même pour rappeler avec fierté que
dix écoles publiques portent son nom en France et qu'"il
y a vingt-cinq ans que "Lily" figure dans les livres d'école"
(Pierre Perret ne précise pas, par pudeur sans doute, que cette
même chanson a été donnée au baccalauréat
l'année dernière). Et voilà le saltimbanque transformé
en penseur, le chanteur populaire en poète engagé et l'amuseur
au sourire perpétuel en modèle pour les enfants de France,
au même titre que Jean Moulin.
En un mot, Obispo est un grand musicien, Pierre Perret un maître
à penser et la terre est plate. A quoi bon essayer de prouver
le contraire ? A quoi bon tenter de démontrer qu'à ce
jeu chacun perd, la petite chanson en se faisant grosse comme un boeuf
d'une part, et, de l'autre, la Musique, la Poésie, l'Ecole ou
la Politique, en puisant à des sources si peu profondes ? Qu'il
suffise de sourire à tous les Sganarelle du jour en se répétant
silencieusement que, quoi qu'ils en aient, deux et deux sont quatre,
et quatre et quatre sont huit.
(1) Voici les propos qu'Isabelle
Adjani a tenus lors de la présentation du projet: "Ce n'est
pas de la variété […] C'est au-delà de la
chanson, c'est de la vraie musique […] C'est avec Pascal Obispo,
mais pas le Pascal Obispo que l'on connaît."
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Lala
"Jolie fille d'Alger"
(Jean-Pierre
Lestrade)
SP Les
Trois Oranges Bleues / Phonogram 6010 588
1982
La
pop et la Guerre d'Algérie, mariage bizarre... L'insouciance
d'une jeunesse méditerranéenne ("Je suis une
jolie fille d'Alger / En gants blancs et jupe plissée […]
Chic avec ma mère / Je descends les boulevards / Le soir
de mes vingt ans") et l'affreux souci d'une violence qui
peut se manifester à chaque instant ("Les parents
parlent des événements..."); le cha-cha-cha
léger des couplets et l'inquiet mode mineur du refrain;
la ritournelle synthétique, joyeuse et rudimentaire, et
le grondement dissonant des avions... Tout comme Certaines
nouvelles, le film de Jacques Davila sorti deux ans avant
la chanson de Lala, où l'on voit Caroline Cellier danser
un rock boudeur alors que la guerre gagne les maisons voisines,
ce 45 tours est une perle oxymorique qui provoque un malaise tout
en remplissant d'aise son auditeur - un doux vent d'été
qui se transformerait insensiblement en miasmes.
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