| Jean-Louis Murat | |||
| Charles et Léo - Les Fleurs du mal (2007) | |||
![]() |
|||
| Disques | |||
| Sommaire | |||
| Accueil | |||
Les
premières mesures de l'album qui s'ouvre avec "Sépulture"
sont comme la musique du pays retrouvé : on les écoute ébahi,
ravi par la fraîcheur ancienne et profonde d'un air que l'on croit
avoir toujours connu et que l'on sent de nouveau sur la peau et le visage
après une vie de voyages et d'adieux. Le tempo alangui, les arrangements
de Denis Clavaizolle, les "talalamtalam" de Morgane Imbeaud,
et un peu plus tard les "oooh" des choeurs... peu importe les
ingrédients : on entre dans cet album comme dans un ciel de Poussin,
porté par un souffle calme d'après le déluge que
la pop, avec ses moyens propres, sait parfois rendre palpable. L'ensemble
du disque, jusque dans ses recoins les plus sombres et les plus arides,
est porté - illuminé - par une douceur infinie et un sentiment
de l'espace qui rappellent les sommets pop de Murat du tout début
des années 90, Le Manteau de pluie et Murat en plein
air (d'ailleurs qu'il ait fallu, pour retrouver ce Murat-là,
faire un détour par les textes de Baudelaire et les compositions
de Ferré - c'est-à-dire quitter ses propres textes et ses
propres musiques - dit beaucoup du parcours d'un chanteur dont les très
nombreux albums s'écoutent toujours avec intérêt,
parfois avec affection, mais très rarement dans l'extase amoureuse
du temps du "Lien défait"). Ainsi le swing lent de "L'Horloge",
qui glisse comme un bateau passant de grands portiques et rentrant au
port, en génial contrepoint de la panique inspirée par le
"dieu sinistre, effrayant, impassible" du poème, jusqu'à
la trompette finale, lointain écho d'un âge d'or qui irradie
même les secondes de l'ultime et affreux compte à rebours,
que Murat interprète avec une alliance de nonchalance et de précision
simplement extraordinaire. La dernière strophe de "L'Horloge"
est d'ailleurs à la fois un des sommets et la clef d'un album dont
le principe n'est ni l'illustration, ni la déconstruction, mais
le simple contraste, ou le jeu, entre un chant légèrement
traînant et des vers tranchants, entre des arrangements pop et une
langue noble, entre des compositions simples et une prosodie (un rythme)
complexe, entre la langueur réconfortante des phrases musicales
de "La Cloche fêlée" et l'image effroyable du "blessé
qu'on oublie / Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts /
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts"... Faire
jouer, voilà le coup de génie d'un album où
personne ne fait rien - Murat ne décortique ni ne souligne rien
: il n'interprète pas le texte et se contente d'en respecter (presque
toujours) les données (liaisons, diérèses etc.) ;
Ferré ne cherche pas à creuser les poèmes
avec les notes, comme l'ont fait Debussy ou Duparc avant lui ; Clavaizolle
n'utilise pas ses couleurs pour illustrer les affects ou les thèmes
-, mais où magiquement le sens se libère, comme les arômes
lorsque l'huile se frotte à la chaleur de la pomme de terre...
si bien que certains vers, certains mots semblent soudain recouvrer leur
véritable poids, leur véritable densité, qu'ils paraissent
sonner à neuf dans dans l'immensité où - littéralement
- on les découvre : jamais "araignée" et "vipère"
n'ont sonné comme ils sonnent dans le "Sépulture"
de Murat : "A l'heure où les chastes étoiles / Ferment
leurs yeux appesantis, / L'araignée y fera ses toiles, / Et la
vipère ses petits". |
|||
| Jérôme Reybaud, décembre 2007 | |||
| 1Sépulture 2 Avec ses vêtements 3 La Fontaine de sang 4 L'Héautontimorouménos 5 L'Horloge 6 Le Guignon 7 Madrigal triste 8 La Cloche fêlée 9 L'Examen de minuit 10 Bien loin d'ici 11 Je n'ai pas oublié 12 A une mendiante rousse |
|||
| NB : DVD bonus comprenant "14 titres live" piano / voix | |||
| Textes : Charles Baudelaire Musiques : Léo Ferré |
|||
| Arrangements : Jean-Louis Murat et Denis Clavaizolle | |||
| CD Scarlett productions / V2 Music VVR1048802 | |||