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| Fraise
vanille (2007) |
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L'idée
de la rencontre entre Helena Noguerra et Serge Rezvani s'est
d'emblée imposée comme une évidence :
après les extraordinaires interprétations de
Mona Heftre, qui ont
d'une certaine manière modifié le centre de
gravité de l'oeuvre chantée de Rezvani en la
déplaçant du registre de la chansonnette à
celui de la chanson, Helena Noguerra semblait, par sa grâce,
son humour, sa légèreté teintée
de mélancolie, la seule interprète capable de
reprendre le flambeau pop de Jeanne Moreau, la "créatrice"
maîtresse dans l'art du survol insouciant et néanmoins
magistral. Malheureusement l'album Fraise vanille
n'est qu'à moitié réussi, ce qui confirme
donc, après les premiers pas ratés sur la scène
de la Maison de la poésie
en 2006, que la rencontre de la jeune égérie
pop et du vieil homme amoureux, bien que souvent plaisante,
et parfois même belle, n'est pas l'accomplissement attendu.
Le disque s'ouvre avec "Le Tourbillon", que personne,
et pas même Cora Vaucaire, n'a aussi bien chanté
que Jeanne Moreau lors de sa création en 1962 - et
surtout pas Vanessa Paradis pendant une certaine cérémonie
du Festival du Film de Cannes, véritable massacre en
direct dont on doit reconnaître qu'Helena s'approche
dangereusement : tics de prononciation horripilants, mépris
de la liaison ("Pui on s'est séparé"...),
sorte de legato systématique qui érode les syllabes
(et d'abord les consonnes, bien sûr) jusqu'à
créer des phrases-mots indigestes ("Yavaitl'ovaledesonvisagepâle")...
Le tout est si monotone, si mou, si informe qu'on n'écoute
plus le texte, parfois même on ne le comprend plus.
"Elle ne chante pas à la française"
a déclaré Serge Rezvani de sa nouvelle interprète
en guise de compliment : pour notre part, c'est bien ce qui
nous chagrine... Ce maniérisme atteint son paroxysme
avec "Les Mots de rien", le deuxième titre,
en duo avec Vincent Delerm, parfait représentant du
style affecté et dont les "tuaaah" ("toi")
sont particulièrement crispants. Et lorsque Helena
se fait plus précise et rigoureuse, lorsque les mots
se mettent enfin à sonner, comme dans "La Vie
s'envole", ce sont les arrangements ou l'interprétation
elle-même qui plongent l'auditeur dans une torpeur indifférente.
"Tout morose", avec son banjo et son allure particulièrement
pedestrian comme disent les Anglais, est le pire
exemple de la lourdeur vaine et de l'ennui que Fraise
vanille peut procurer. Les arrangements de "La Vie
de cocagne" ne sont pas meilleurs, qui, loin de servir
le texte et son interprète, s'écoutent couiner
avec une délectation maniériste, elle aussi.
Et puis... et puis après deux autres numéros
où il semble qu'Helena n'ait rien à dire ("Les
Autoroutes", "La Mémoire qui flanche"),
miraculeusement les choses paraissent se mettre en place :
"La Peau Léon" est la neuvième chanson
de l'album, et c'est la première qu'Helena interprète,
fasse sienne, et finalement renouvelle grâce à
son ton délicieusement ambivalent, entre sensualité,
innocence et calcul. "A travers notre chambre",
dont on croyait pourtant que Mona Heftre avait gravé
une interprétation insurpassable, est une autre réussite
: les notes s'étirent comme le temps suspendu des amoureux
dans la chambre et soudain les mots trop liés d'Helena
non seulement s'accordent avec le sentiment de la chanson,
mais le creusent, l'approfondissent, tout comme les couleurs
froides que l'interprète parvient à tirer de
son très beau timbre. Une merveille donc, de très
loin la plus grande de l'album avec un sublime "Jamais
je ne t'ai dit..." qu'Helena chante en duo avec Marie
France - laquelle réintroduit d'un coup, dès
ses premiers mots, précisément leur poids, leur
sens, leur densité... si bien que cette adaptation
lesbienne du chef-d'oeuvre de Rezvani, qui aurait pu facilement
faire sourire par quelques oeillades plus ou moins légères,
frappe l'auditeur par sa subtilité prodigieuse et sa
malice grave (les arrangements sont à l'unisson : magnifique
ritournelle introductive, admirable piano à 2', très
belle phrase à l'harmonica à la fin...) : de
toute évidence l'un des plus beaux enregistrements
de Marie France, et
d'Helena, et de Rezvani. Les sept chansons qui suivent n'atteignent
pas ces sommets, mais chacune a quelque chose à offrir,
loin de la léthargie du début : "Caresse-moi
j'adore ça", écrit tout spécialement
pour Helena, rassure ceux qui s'étaient alarmés
du manque d'inspiration de certaines chansons récentes
("Marie merveille" ou l'hommage à Truffaut)
; "Nous vivions deux", en duo avec un Rezvani qui
semble décaler ses phrases à plaisir, et qu'Helena
suit néanmoins avec une bienveillance admirative assez
touchante ; ou encore "La Bécasse", duo comique
(avec Katerine) en forme de sketch minuscule...
Les disques d'Helena se suivent, tous très différents
mais tous inégaux. Celui-ci, qui semblait pourtant
pouvoir échapper à la règle, contient
malheureusement son lot d'échecs (en fait près
de la moitié des titres...). Mais il procure également
quelques moments de grâce. Alors... |
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| Didier
Dahon, octobre 2007 |
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