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Marcher
LALALALA : Comment marchez-vous ? En observant
les gens, les bâtiments ? Avec ou sans but ? Pour vous dépenser...
?
JEAN GUIDONI : Je
marche beaucoup moins que je n'ai marché. Quand j'ai demandé
à Pierre Philippe de m'écrire des chansons, il a cherché
à en savoir un peu plus sur moi, qui étais très timide.
Il m'a dit : "Que faites-vous de votre temps ?" J'ai répondu
: "Je marche." A ce moment-là, je marchais toute la nuit.
J'habitais rue de la Faisanderie, donc, évidemment, mes premières
marches étaient pour le bois de Boulogne, que j'ai beaucoup arpenté,
d'autant que je ne dors pratiquement pas. Au début j'y allais un
peu pour draguer, mais avec le temps j'ai commencé à rencontrer
des gens sur ces chemins. Et c'est surtout cela qui m'intéressait,
parler avec des gens à des heures où ils sont un peu plus
libres. Je parlais parfois une heure, parfois toute une nuit. A un certain
moment, c'est devenu systématique, j'y allais tous les soirs sans
but réel. J'ai continué la marche tant que j'ai habité
Paris, et dès que j'y reviens, je vais marcher dans les rues, sans
but. Cela permet de rêver, mais aussi de faire le vide...
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A
Paris, le premier septembre 2007 |
-
Vous parliez de drague, n'y a-t-il pas un lien intrinsèque entre
la drague et la marche ?
-
Oui, il y avait un lien direct pour moi. Maintenant ce serait moins vrai,
parce qu'à un certain âge... Mais je continue d'associer
la marche aux rencontres. J'ai rencontré des gens assez incroyables,
cela dépendait des quartiers... C'est donc sur ce sujet que Pierre
Philippe a écrit sa première chanson pour moi. Il savait
très bien ce que je faisais...
- Je crois que vous avez un rite qui est de vous rendre à
pied à la salle de concert avant une première.
- Oui, peut-être pour me vider.
- Vous partez de chez vous ?
- Non, toujours de l'endroit où j'étais arrivé à
Paris, le 114, rue Ordener où j'ai eu ma première place.
- Vous partez du 114 à chaque fois ?
- Oui.
- Même pour allez au théâtre Silvia Monfort ?
- Oui, pour Silvia Monfort il faisait très chaud, mais j'en ai
quand même parcouru la moitié à pied. Pour la
Boule Noire, je l'ai fait aussi.
- Cette marche rituelle d'avant concert, vous la faites moins pour les
rencontres...
- ... c'est un truc que j'ai. Quand je suis arrivé à Paris,
je voulais travailler à l'Olympia. Je m'étais dit : "Le
jour où tu passes dans une salle de spectacle, tu partiras de là",
et chaque fois j'essaie de le faire. Ce n'était pas une superstition
mais plutôt une façon de rêver, et surtout de faire
en sorte que le rêve se concrétise. Et aujourd'hui cela me
permet de me replonger dans l'espèce de naïveté que
j'ai par rapport à ce métier.
– N'avez-vous jamais eu envie d'écrire sur ces marches
dans Paris, comme Léon-Paul Fargue ou Jacques Réda, ou sur
les rencontres qu'elles vous ont permis de faire ?
- Non, pas vraiment, mais il y a parfois dans mes textes une structure
qui procède de la logique de la marche, par exemple dans mon deuxième
livre Chanter n'est pas jouer (1), on passe d'une chose à
une autre, du passé au présent...
- Peut-être que Pierre Philippe avait déjà tout dit
sur cette question dans "Je marche dans les villes"...
- Oui, parce qu'il s'est inspiré de moi, de mes déambulations
de drague, de ces choses un peu sexuelles, il faut bien l'avouer. Bon,
j'étais moins content quand il a écrit "J'ai marché
dans le villes" vingt ans plus tard [rires].
"Parole, parole, parole..."
- Vous avez travaillé avec de nombreux compositeurs, vous
en avez même beaucoup changé...
- Je n'ai jamais été bloqué par un succès
énorme, ce qui m'a donné une grande liberté de choix.
Cela m'a permis de me balader dans des univers musicaux différents,
souvent improbables, mais en tous cas assez intéressants dans l'ensemble,
même si ponctuellement c'est moins réussi, car il arrive
que l'on se trompe. J'ai commencé par la variété.
Je ne savais rien, j'avais juste envie de chanter et de faire de la scène.
Par bonheur, j'ai rencontré Marcel Rothel, qui m'a ouvert les portes,
et d'une façon tellement évidente que cela m'a paru facile.
Mais je ne savais pas ce que j'avais envie de chanter... j'avais une vague
idée que je n'osais pas dire. Je me suis alors retrouvé
en période d'apprentissage. A l'époque débuter était
plus facile que maintenant, d'abord parce qu'il y avait plus d'argent
et surtout parce que les maisons des disques suivaient les artistes qu'elles
avaient choisis. Donc j'ai commencé par la variété,
le monde de Guy Lux et de Maritie et Gilbert Carpentier, je ne voyais
pas plus loin, ou ce que je voyais au-delà me paraissait inabordable.
- C'est la maison de disques qui vous présentait les compositeurs
?
- Non, j'étais en édition chez Michel Legrand, donc on cherchait
des chansons. Ma première rencontre a été celle de
Lydia Verkine, une chanteuse et auteur qui avait sorti quelques disques,
dont un magnifique. C'était la première fois que quelqu'un
écrivait pour moi. Et puis Anne Grégory et Yani Spanos se
sont mis à écrire pour moi. A cette époque, les années
73-74, il y avait un nouveau son qui arrivait, des chansons un peu "baroques",
un peu théâtrales, de la variété mais bien
faite, plus ambitieuse. Donc nous avons fait des disques petit à
petit, mais quand je suis arrivé sur scène (parce que j'ai
eu la chance d'en faire tout de suite), ce n'était pas la même
chose... Les chansons qu'on trouvait jolies pendant la séance d'enregistrement,
ne passaient pas la rampe...
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Troisième
45 tours, en 1976
(photographie : Alain Marouani) |
- Les chansons se dégonflaient sur scène....
- Oui. Encore si elles avaient été des tubes... mais là
il fallait tenir, et j'avais honte. Il y avait pourtant de jolies choses,
entre autres "Le têtard" écrit par Jacques Lanzmann,
mais enfin... Ces chansons étaient faites pour avoir du succès,
mais elles ne marchaient pas comme prévu, du coup c'était
bancal. J'ai complètement paniqué, j'ai décidé
d'arrêter, et par hasard j'ai été engagé au
Rive droite qui s'appelle aujourd'hui le Baron, pour un petit tour de
chant. J'ai fait un peu ce que je savais faire, on m'a réengagé
pour la saison suivante. J'ai rencontré alors le musicien Michel
Cywie. Et à ce moment-là j'ai commencé à écrire
mes premières chansons, "Y'a un climat" etc. A ma façon,
j'ai construit une sorte de spectacle un peu hybride, entre la variété
et le cabaret... C'est le moment où j'ai commencé à
me maquiller, et malgré les critiques de mes copains, qui disaient
que je ressemblais à une folle dans sa cuisine, je sentais que
j'avais raison. Tout à fait par hasard, je suis allé écouter
Ingrid Caven au Pigall's. Et là, ce que je vois sur scène,
c'est exactement la concrétisation de mes envies, de ce que je
pressentais. Je rencontre alors Pierre Philippe, qui avait adapté
les textes de Fassbinder pour Caven ; il accepte de m'écrire des
chansons, dont Michel Cywie compose la musique. Pierre détestait
ces musiques et les déteste toujours d'ailleurs. Il n'a jamais
supporté la musique de "Djemila" par exemple, qu'il trouvait
"trop variété". Nous avons fait un premier disque
en 1980, et à partir de ce moment-là, j'ai fait passer le
texte avant tout.
- La forte prévalence du texte par rapport à la musique
venait donc de Pierre Philippe ?
- Elle venait de moi aussi... des deux en fait. Quand j'ai reçu
son premier texte, je me suis dit "Ca y est, il a tout compris."
Et la musique... c'était plutôt de la musique d'accompagnement,
sauf avec Astor Piazzolla... et encore, Astor a scrupuleusement respecté
les textes de Pierre, qui sont très denses, ce qui réduit
beaucoup la liberté du compositeur. La musique devient donc un
peu une musique d'expression, ou de soutien.
- Aujourd'hui la musique n'est-elle pas plus importante à vos yeux,
notamment depuis la publication de Trapèze
en 2004 ?
- Oui, je crois que cela a changé. Mon écriture est maintenant
plus légère, donc la place de la musique a évolué
elle aussi. Mais ce qui m'intéresse aujourd'hui, ce n'est finalement
pas tant la musique, que les rapports avec les compositeurs. Je leur laisse
désormais "l'espace" nécessaire pour composer,
je leur fais confiance, même si, c'est vrai, le texte reste premier.
- Parmi tous les musiciens avec qui vous avez travaillé,
lesquels ont-ils mis davantage vos textes en valeur ? Michel Legrand peut-être...
- Michel Legrand, oui, pour certaines chansons, et Nicolas Deutsch pour
le dernier album. Il a d'ailleurs coupé certaines parties du texte
pour laisser la place à la musique, par exemple dans la chanson
"La pointe rouge". Cela ne m'a pas du tout gêné
car je n'ai pas d'ego d'auteur, on peut taillader dans mon texte tant
que le sens reste. Mais j'étais inquiet pour la scène, j'avais
peur de ne pas m'en sortir avec quatre phrases seulement, mais en fait
c'est une des chansons qui marche le mieux, émotionnellement. Cela
me rassure, car si il n'y a pas de mots, je panique. Je peux laisser la
place à la musique dans une certaine mesure, mais j'ai toujours
peur de "lâcher", de laisser tomber les rênes. C'est
un peu ce qui s'était passé avec Trapèze
sur scène.
- C'est un disque où les arrangements ont une grande importance...
- A l'écoute ça va, mais sur scène je ne savais plus
où j'étais, à part sur deux ou trois chansons. En
plus ce genre de musiciens "rock" fait des introductions et
des queues musicales très longues qui ne sont pas prévues...
Je n'ai pas voulu gueuler, j'ai donc essayé de "jouer groupe",
mais je n'aime pas ça. Je pense que pour le rapport avec le public,
l'émotion, ce n'est pas bon. Et puis... je ne suis pas un groupe
! [rires]
- Néanmoins, d'une manière générale,
vous semblez avoir aujourd'hui des rapports apaisés avec vos musiciens.
- Oui, les rapports ont changé depuis, mais je me méfie
des musiciens en groupe, c'est un peu l'armée. Dès qu'ils
sont quatre ou cinq, il est difficile d'imposer des choses. Par exemple
ils ont une façon de parler, un vocabulaire qui ne sont pas les
miens. Mais j'avoue que travailler avec Edith Fambuena m'a redonné
confiance dans les musiciens, parce que c'est quelqu'un d'intelligent,
qui va au-delà des notes. C'est elle qui m'a fait rencontrer Fabrice
Ravel-Chapuis que je connaissais par Artango, et d'un coup je rencontrais
quelqu'un qui connaissait mon répertoire, qui m'a encouragé
à reprendre d'anciennes chansons et avec qui je peux avoir un discours
humain. Il ne faut pas avoir un ego trop grand, moi je n'en ai pas, et
si un musicien en a trop, tout bascule. Il faut jouer franc jeu et Fabrice
sait très bien le faire.
- Vous avez écrit une très belle chanson pour Lou Saintagne,
"Mon hystérique chéri". Cependant vous écrivez
surtout pour vous...
- Je n'écris pas pour les autres. Il n'y a que cette chanson. D'ailleurs
c'est Lou qui m'a donné l'idée du titre : elle avait rêvé
qu'elle chantait une chanson qui s'appelait "Mon hystérique
chéri". En y réfléchissant un peu, je me dis
que j'aimerais beaucoup écrire pour d'autres, mais j'ai déjà
du mal pour moi. En fait, j'ai recommencé à écrire
avec Edith Fambuena au moment où nous avons signé un contrat
avec Wagram pour Trapèze – entre parenthèses
la signature s'est faite sur les noms de Marie Nimier, Jean Rouaud, Daniel
Lavoie et Les Valentins, moi je n'étais que la cinquième
roue du carrosse. C'est Edith et Anika Grill qui m'ont donné envie
de me remettre à écrire. Pour La Pointe Rouge,
j'ai eu du mal... et comme je n'y arrivais pas, j'ai décidé
de rédiger la critique imaginaire du disque à venir, ce
qui m'a permis ensuite d'écrire les textes.
- Est-ce que vous vous considérez comme un auteur ou d'abord
comme un interprète ?
- Interprète, oui. Mais je ne me considère pas comme un
auteur. J'aurais même du mal a assumer un disque que j'écrirais
tout seul. Il me manquerait un regard extérieur. C'est peut-être
parce que j'ai beaucoup travaillé avec Pierre Philippe, ou Enzo
Cormann, qui écrit aussi de très belles chansons, mais ce
que j'écris ne me suffit pas. En tant qu'interprète, cela
ne me suffit pas du tout.
Pop et music-hall
- Votre public, qui est très fidèle, vous a-t-il suivi lors
de votre virage pop amorcé par Trapèze ?
– Il commence à revenir, mais je crois qu'il a eu "peur"
de Trapèze, encore une fois pas tant du disque que du
spectacle. Dieu merci, je n'ai pas fait beaucoup de dates, parce que moi-même,
je n'étais pas à l'aise. Je ne crois pas que ce soit le
virage pop en tant que tel qui lui ait fait peur, parce qu'avec moi, le
public a l'habitude des virages ; mais il a eu l'impression que j'abandonnais
complètement le reste, ce qui était vrai car les musiciens
ne voulaient pas me suivre dans mon répertoire antérieur.
Du coup j'avais décidé de me passer d'eux et de chanter
deux ou trois de mes chansons a capella, ce qui est terrible pour un musicien.
Ils ont été un peu perturbés, mais c'était
leur peau ou la mienne. Le public a peut-être aussi été
surpris par ma façon de chanter, beaucoup plus grave, adoptée
sur les conseils d'Edith Fambuena qui m'avait dit de ne pas revenir avec
un disque tonitruant. Je ne regrette rien, mais parfois il faut savoir
y aller directement...
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A
Paris, le premier septembre 2007 |
- Avec votre spectacle actuel à la Boule Noire, vous avez
trouvé un équilibre entre les nouvelles chansons de La
Pointe Rouge et les anciennes.
- Oui, et cela rassure le public. Cet équilibre, c'est exactement
ce que je recherche, mais il est difficile à mettre en pratique
avec les musiciens. Par exemple certains maintenant ne savent pas lire
la musique, et il faut donc trois jours pour répéter une
chanson. Heureusement qu'avec Fabrice Ravel-Chapuis, qui m'accompagne
aujourd'hui, deux heures suffisent. En plus il connaît bien mes
anciennes chansons, c'est lui qui m'a poussé, par exemple, à
chanter "Allée des coquelicots". Il m'a aidé à
trouver l'équilibre du spectacle. Mais cela ne se passe pas toujours
aussi bien : on peut être très complice avec un musicien
lors de l'enregistrement d'un disque, et beaucoup moins lors du passage
à la scène. Sur la scène, c'est moi seul.
- Vous vous considérez comme un interprète. Pourtant, quand
on voit vos spectacles, on pense souvent au meneur de revue : il y a la
répartie, la présence, l'énergie, la façon
de tenir la salle etc. Aimeriez-vous mener une revue ?
- Oui bien sûr.
- Dans ce cas, quelles seraient vos références ? L'Alcazar
de Jean-Marie Rivière, le Casino de Zizi Jeanmaire, les Folies
Bergère... ?
- Mon rêve ce serait, sans prétention, de faire une sorte
de florilège du Music-hall, influencé aussi bien par les
Folies Bergères que par Jean-Marie Rivière. J'ai essayé
de le faire quelquefois, par exemple à l'auditorium des Halles.
J'ai eu des danseurs, j'ai repris Joséphine Baker, parce que j'adore
ça et que j'aime "avoir la mémoire des choses".
Je traduis cet amour sur scène à ma façon et comme
je le peux, car c'est surtout une question de moyens. A la Boule Noire,
j'ai la chance d'avoir cinq danseurs de Réda avec moi. Si j'en
avais la possibilité, je monterais un spectacle dans une grande
salle comme le Châtelet, avec quelques-unes de mes chansons, quelques
incontournables du répertoire, d'autres qui n'ont presque jamais
été reprises et enfin des créations... Mais encore
une fois il faut de l'argent, car sinon cela devient du cabaret... Je
me rappelle que lorsqu'Arias avait lancé sa revue aux Folies Bergère,
certains disaient : "Pourquoi n'a-t-il pas pris Jean Guidoni ?"...
En fait je crois que je leur fais peur.
Ingrid Caven
- Qu'est-ce qui dans le concert d'Ingrid Caven au Pigall's vous
a tant frappé ?
Je sortais de ma période variété et j'essayais de
faire des choses plus intéressantes. Je ne connaissais pas du tout
Ingrid Caven, seulement Fassbinder. Un jour dans France Soir,
j'ai lu une page titrée "La révélation Ingrid
Caven". J'étais à mille lieues d'imaginer ce que c'était,
mais je pensais qu'il fallait y aller. C'était la dernière,
j'ai fait des pieds et des mains pour obtenir des places, en vain. Moi
qui ne suis pas culotté, je me suis quand même présenté
et j'ai pu obtenir une place au premier rang grâce à un copain
preneur de son qui enregistrait ce soir-là le disque du concert.
Ce qui m'a plu surtout, c'est la distance. Moi qui me sentais tellement
con à chanter avec gravité des chansons en première
partie de Serge Lama sous des chapiteaux, je découvrais soudain
qu'on pouvait se moquer de soi. Jusque-là pour moi la chanson,
c'était sérieux, très loin de toute dérision
; et d'un coup, avec Caven, tout devenait limpide.
- D'une certaine manière, on retrouve cette dérision
chez Sylvie Vartan, que vous aimez beaucoup et que vous parodiez volontiers
sur scène. N'y a-t-il pas un lien paradoxal entre ces deux interprètes
?
- Il y a un lien, oui... en tous cas, il y a chez chacune une mise en
scène de soi...
- .... Comme chez les putes de Marseille qui elles aussi vous
inspirent...
- ... Exactement ! Je pense que Caven le fait sciemment, avec une certaine
culture, et que Vartan le fait inconsciemment.
- Oui, l'une intellectualise et l'autre pas. Mais vous faites très
bien sentir le lien qui les rapproche.
- L'une m'a amusé quand j'étais petit et l'autre m'a rassuré
intellectuellement plus tard. Je ne trouve cette distance ni chez les
chanteurs, ni chez les chanteuses, à part peut-être Dalida.
Aujourd'hui il ne faut pas rigoler, on veut du sérieux.
- Du sérieux et du sincère.
- Voilà, alors que la sincérité peut très
bien se trouver dans la distance. Et même davantage.
- Avez-vous rencontré Caven ?
- Oui.
- Vous n'avez pas cherché à collaborer avec elle
?
- Elle était venue me voir en spectacle. Elle a de la distance
sur scène, mais je crois qu'elle en a encore plus avec les gens
! [rires] Je l'aime tellement... Après, je suis allé la
voir plusieurs fois à l'Athénée où elle
chantait Piaf. A ce moment-là nous avons parlé davantage.
Elle était contente car elle disait qu'il y avait beaucoup d'amateurs
de Guidoni qui venaient l'écouter.
- Vous êtes son meilleur attaché de presse...
- [Rires]. Je pense que cela lui faisait plaisir, même si au début
elle s'est peut-être demandée si je ne risquais pas de marcher
sur ses plates-bandes. Mais moi je venais d'un autre univers, et je ne
pense pas l'avoir jamais imitée, sauf dans "Nuit de chine"
à la Boule Noire. Je crois qu'elle a fait une erreur peu après
le Pigall's : devenue la coqueluche de tout Paris, elle a donné
un récital au pavillon Gabriel, qui était très mauvais.
Au lieu de continuer avec Pierre Philippe, Fassbinder etc, elle a changé
de répertoire et s'est presque reniée : elle n'a fait que
deux petits extraits des chansons du Pigall's en les introduisant par
"En ce temps-là je chantais..." Pourtant les gens étaient
venus pour ça, et non pas pour les nouvelles chansons écrites
par Etienne Roda-Gil... Je me souviens d'une d'entre elles qui s'appelait
"Merde molle" : "Cette merde molle sur laquelle j'ai marché
/ Ce n'est pas mon coeur / C'est mon pied" ! [rires] C'était
une distance fausse, fabriquée ; Roda-Gil avait gardé l'apparence
de ce qu'elle était, l'écume, il a essayé de vendre
Ingrid Caven au grand public, mais ça n'a pas marché. Heureusement
plus tard il y a eu son tour de chant Piaf.
- D'une certaine manière, Jean Guidoni est né au Pigall's...
- Après le Pigall's, j'avais tout en main : les textes de Pierre
Philippe, et surtout le désir... Je me suis dit que je n'avais
rien à perdre à faire ce que je voulais vraiment. Cela m'a
permis de "sortir de moi". A l'époque j'étais
très coincé, je ne disais pas un mot. La première
interview que j'ai faite, j'ai seulement répondu oui [rires]. Et
même Pierre avait du mal à me faire parler. Donc ce soir-là,
j'ai "éclaté dans ma peau". J'ai saisi une liberté.
- Au risque de devoir retourner à la coiffure...
- ... Au risque de rien, parce que je pensais que ma carrière était
finie ! Depuis mon premier disque en 1974, il s'était passé
six ans, et j'étais devenu complètement désabusé.
C'était donc vital pour moi.
La chanson dans le sang (de Vartan
à Oswald)
- Vous évoquez souvent la peinture, le cinéma etc. Comment
avez-vous constitué votre culture ?
- Je suis autodidacte, complètement, et je l'étais déjà
enfant, mais sans le savoir. C'est après que les choses me sont
revenues, comme French cancan ou Judy Garland, que j'avais vus
très jeune, mais que j'avais mis de côté. Même
Brecht et Weill, que je suis "allé chercher", mais que
je connaissais déjà sans savoir si je les aimais ou pas,
sans les comprendre vraiment. La peinture, elle, est venue comme ça,
parce que j'adore peindre.
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A
Paris, le 7 juillet 2007 (photographie :
Jérôme Reybaud pour Lalalala) |
- Sur scène, vous avez chanté "Lalala" d'Ingrid
Caven, des titres de Joséphine Baker, de Charles Trenet etc. Comment
choisissez-vous les chansons du répertoire que vous interprétez
?
- Ce sont des chansons que j'aime beaucoup. "Nuit de Chine"
que je chante à la Boule Noire est un cas un peu particulier :
en fait j'avais choisi "Lili Marleen", mais comme je ne parle
pas bien l'allemand, quelqu'un m'a conseillé de réécouter
"Nuit de Chine". Ce sont des chansons que j'aime...
- ... Même "La boudeuse" ?
- [Rires]. C'est une chanson d'enfance que chantait ma grand-mère
corse. Il y a beaucoup de chansons que j'aimerais reprendre, certaines
extraites d'opérettes marseillaises par exemple. Ces reprises permettent
de jouer, de rire, de s'amuser de soi et d'ajouter un peu de légèreté
au spectacle.
- Justement, on entend le public rire dans l'enregistrement du
Concert 1989 à l'Espace Européen pendant une chanson
de Prévert ("La chanson dans le sang") qui n'est pas
particulièrement drôle...
- Je ne savais pas que le public allait rire. J'avais travaillé
et enregistré au piano cette chanson pour Hélène
Hazera qui faisait une émission sur Prévert pour France
Culture avec André Heinrich en 1988. Mais c'est un texte en prose,
difficile à interpréter, très linéaire, et
lorsque j'ai commencé à travailler cette chanson pour le
concert de l'Européen avec deux pianistes japonais qui ne parlaient
pas un mot de français, je me suis aperçu que ça
ne marchait pas du tout. Le soir avant d'entrer en scène, je leur
ai dit "nein", on ne la fait pas, et je l'ai chantée
a capella. D'un coup j'ai redécouvert le texte, sur la scène.
Le premier soir, je ne savais pas comment les gens allaient réagir,
j'ai d'ailleurs un film de cette première dans lequel on voit que
j'hésite entre chanter sérieusement ou pas. Après
j'ai choisi le rire.
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A
Paris, le 7 juillet 2007 (photographie :
Jérôme Reybaud pour Lalalala) |
- Mais Prévert, c'est quand même un peu inattendu pour vous.
- A ce moment-là les spécialistes de Prévert n'étaient
pas très contents que je le chante comme ça. Mais c'est
Janine Prévert elle-même qui m'avait conseillé de
prendre "La chanson de l'homme", peu chantée, et "La
vie de famille", pas du tout. Il a d'ailleurs fallu reconstituer
la partition de Hanns Eisler pour "La vie de famille". Je suis
venu à Prévert parce que je voulais chanter Marianne Oswald,
qui est très importante pour moi et que j'ai d'ailleurs rencontrée.
En fait je connaissais ses chansons depuis toujours, mais je les avais
mises de côté car à douze ans, j'avais fait le choix
de Sylvie Vartan...
-
Outre Marianne Oswald, quels sont les grands interprètes de Prévert
selon vous ? Cora Vaucaire, Catherine Sauvage, Yves Montand ?
- Catherine Sauvage un peu, Montand j'ai du mal...
- Tout de même, on vous imagine plus proche de Mac Orlan que de
Prévert...
- C'est mon rêve de chanter du Mac Orlan, surtout depuis que j'ai
vu Monique Morelli le faire sur scène. Prévert, comme je
l'ai dit, c'est Oswald qui m'a donné envie de l'interpréter,
et puis d'une certaine façon je l'ai détourné. Ce
qu'on connaît de lui en général, c'est un peu gnan-gnan,
mais j'ai choisi des textes plus durs. "Coeur de docker" par
exemple est très belle, et assez difficile à chanter.
M, le projet maudit
- Politiquement, on a l'impression que parallèlement au
Guidoni très direct de "Rouge" par exemple, existe un
Guidoni plus ambigu, qui résiste à la tentation de désigner
les bons et les méchants, comme dans la chanson "Chez Guitte".
- Oui. Guitte a existé, elle avait un bar à Pigalle et chantait
pour les Allemands ; son personnage était à la fois pathétique
et extraordinaire. Il n'y a pas longtemps, sur mon blog (2), j'ai posté
un extrait de film avec Arletty, et certains ont fait allusion à
son attitude pendant la guerre. Mais moi, je me mets à la place
des gens et je me demande ce que j'aurais fait. On peut être engagé,
avoir des valeurs, mais on ne peut pas taper sur le gens : ils sont ce
qu'ils sont.
- Cela peut faire penser au film de Paul Vecchiali, En haut
des marches, qui évoque la Collaboration et oblige le spectateur
à se demander ce qu'il aurait fait dans les mêmes circonstances.
D'ailleurs vous avez de nombreux points communs avec lui : les origines
corses, Toulon, un art à la fois populaire et intellectuel...
- Nous avions un projet de spectacle ensemble intitulé Aime
le maudit. Nous avions en effet tellement de points communs que lorsque
je l'ai rencontré, je lui ai fait entièrement confiance,
je me suis lancé dans cette relation comme un seul homme. Il préparait
un film, Le Clochard de Dieu, dont il m'avait fait lire la première
scène, magnifique. C'était en 1990. Moi je chantais à
l'Olympia et je lui ai demandé de filmer le concert, ce qu'il a
fait. Ensuite nous nous sommes mis au travail pour Aime le maudit,
avec Hélène Surgère et toute sa bande. C'était
une comédie musicale, Hélène Surgère chantait,
elle a fait plusieurs maquettes avec Roland Vincent, qui composait la
musique. J'écrivais et j'interprétais M. Paul Vecchiali
mettait en scène et Jean-Claude Camus produisait. Le spectacle
était très avancé, nous avions même la salle,
à la Villette...
- ... Et puis ?
- Et puis un jour la confiance a disparu, alors j'ai préféré
tout arrêter. Cela a été très difficile...
C'est un regret, entre autres parce que la musique de Roland Vincent était
jolie, avec un côté un peu opérette qui adoucissait
le propos. J'aime son écriture. Plus tard j'ai demandé à
Thomas Gubitsch, un compositeur de musique latino-américaine, de
travailler sur mes textes, mais une fois que le fil est cassé,
c'est terminé. J'ai tourné la page.
Guidoni sings Legrand
- Vous avez enregistré un album avec Michel Legrand (Vertigo,
1995). Préférez-vous Les Parapluies ou Les
Demoiselles ?
- Je préfère Les Parapluies de Cherbourg.
- Il est un peu étonnant que Michel Legrand ait voulu travailler
avec vous qui avez un univers assez sombre, alors qu'il avait refusé
de composer la musique d'Une chambre en ville pour Jacques Demy
en raison de la noirceur du scénario.
- Oui, je ne sais pas, mais il faut rappeler que c'est lui qui a produit
mon premier disque.
- Il faut dire qu'on vous imagine davantage en Dominique Sanda
nue sous un vison qu'en Catherine Deneuve impeccablement chignonée...
- [Rires]. Oui... Quoique... J'avais des liens avec Michel, puisque c'est
sa mère qui m'avait fait signer mon premier contrat et que nous
avions un musicien en commun. Un jour c'est lui qui m'a dit que Michel
m'aimait beaucoup. Nous avons décidé de faire des chansons,
puis un spectacle au Casino de Paris. Au départ il devait seulement
m'accompagner, puis il a voulu chanter une chanson, puis deux... et finalement
il a partagé l'affiche avec moi – ce que je n'aurais jamais
dû accepter.
- Vous ne vous êtes quand même pas retrouvé en première
partie de Michel Legrand !
- Nous avons mélangé, ce qui est pire ! [rires] Cela ne
tenait pas debout. Ce sont deux univers très différents,
effectivement...
- Pourtant le disque est très réussi.
- Voilà, c'est ce que j'allais dire. Autant les enregistrements
se sont bien passés, autant la scène... C'était le
premier disque pour lequel je signais pratiquement tous les textes, qui
se sont très bien mariés avec les musiques de Michel. Nous
avons eu une véritable complicité.
- Il y a une sorte de lyrisme qui vous rapproche.
- Oui. En fait je suis un chanteur, ce que j'ai caché pendant des
années, surtout à cause des textes de Pierre Philippe, qui
exigent un autre mode d'expression. D'ailleurs au début, je ne
voulais pas chanter du tout, cela m'angoissait. C'est donc avec Michel
que j'ai en quelque sorte réappris à chanter. Mais pour
la scène partagée, j'ai été un peu lâche,
j'aurais dû dire non. Je sentais que ce n'était pas bien,
car nous avons deux façons d'aborder la scène absolument
différentes. Michel n'avait pas assez de distance, moi je ne pouvais
pas en avoir trop, donc c'était complètement bancal.
- Quel était le public ? Le vôtre ou le sien ?
- Plutôt le mien. Nous avons fait six jours.
- Il aurait peut-être été plus à l'aise à
Las Vegas...
- Oui, il aurait fait un triomphe et moi j'aurais dû ramer - quoique
je ne me serais pas laissé faire ! [rires] Mais sur la scène
du Casino, Michel n'était pas très à l'aise, par
exemple il ne regardait pas la lumière, contrairement à
moi, ce qui faisait penser à tort à certains qu'il était
moins bien éclairé que moi. Les deux premiers soirs, j'ai
choisi de rester en retrait. Et puis j'ai compris que cela ne marcherait
pas de toute manière : je ne suis pas Diana Ross ! [rires] Je ne
suis pas un chanteur américain, je fonctionne sur autre chose.
Donc, le troisième soir, je me suis laissé aller et j'ai
réinvesti la scène comme je le fais habituellement. Mais
lorsque Michel chantait trois chansons tout seul, les gens criaient "Guidoni
! Guidoni !"... Il ne m'a jamais rien dit. J'étais content
que ça s'arrête, même si aujourd'hui je n'en garde
pas un mauvais souvenir. Je devrais toujours éviter d'être
accompagné sur scène pas les compositeurs de me chansons...
- Puisque vous connaissez Michel Legrand et sa mère, vous connaissez
peut-être sa belle-mère, Colette Renard...
- Je l'ai rencontrée, oui, je l'aime beaucoup. J'ai même
chanté deux de ses chansons, "Ca c'est de la musique"
en ouverture au Théâtre de la Ville, et une chanson d'Irma
la douce. J'ai dîné avec elle, elle est d'une grande
intelligence.
- Vous pourriez lui emprunter son "Tais-toi Marseille"...
[Il chante].
Commerce
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A
Paris, le premier septembre 2007 |
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Vous avez critiqué la télévision. Est-ce que l'internet
vous semble un média plus adapté à la chanson ?
- D'abord l'internet me permet de garder un lien avec moi, je veux dire
avec Jean Guidoni. Cela paraît bête, mais quand je suis tout
seul à la campagne, je me perds un peu. Mais il ne faut pas en
devenir dépendant, comme je peux l'être certaines nuits quand
je ne dors pas. Comme souvent, c'est la maison de disques qui m'a ouvert
une page, puis j'ai découvert le blog qui m'a un peu servi d'instrument
de travail, car grâce à lui l'artiste continue de vivre après
ses spectacles...
-
Vous avez été un "artiste RCA", puis Philips.
Est-ce que ces grosses maisons vous ont toujours soutenu ?
- Philips m'a suivi pendant trois disques, puis la direction a basculé
et les nouvelles équipes m'ont mis à la porte. Mais à
ce moment-là, il y avait quand même un véritable suivi
de l'artiste. Après j'ai beaucoup changé de label. Je ne
sais pas quoi vous dire, si ce n'est que ce sont des gens que je souhaite
rencontrer le moins possible... Ce qui me déplaît le plus,
c'est le peu de cas qu'ils font des personnes.
- Même Wagram, votre label actuel, qui est un indépendant
?
- Wagram n'est pas une petite maison en vérité, mais presque
une major. Ils ne sont ni gentils ni méchants, ils sont comme les
autres. Ils n'ont pas de suivi, mais ils ne peuvent pas en avoir car ils
n'ont plus le temps : un disque, c'est trois mois, et s'il ne décolle
pas... Quand ils m'ont signé, je pensais que c'était un
peu pour mon nom, je ne suis pas un débutant, mais dès qu'on
entre dans le circuit commercial, que l'on soit Guidoni ou x, on est évalué
comme les autres en terme de ventes. Peut-être avec quelques sourires
en plus.
- Cela a-t-il toujours été le cas ?
- Un peu moins. Il y avait autrefois des chefs de produits qui étaient
des vrais chefs de produits. Ils laissaient du temps à l'artiste.
Chez Philips par exemple j'avais Gérard Baquet, qui a été
viré avec moi. Aujourd'hui c'est beaucoup plus difficile humainement.
On est contre un mur. Il faut le savoir et n'attendre ni investir aucun
affect.
Le génie du lieu
- A propos des salles de spectacle, vous avez dit que c'étaient
les lieux eux-mêmes qui vous donnaient envie de chanter... Est-ce
qu'il y a un lieu à Paris que vous n'avez pas encore expérimenté
et que vous aimeriez bien investir ?
- J'aimerais chanter de nouveau aux Bouffes du Nord, ou sur la scène
d'un théâtre, comme l'Edouard VII, pour voir ce que je peux
y faire. J'aime les endroits un peu décalés, comme Les Bouffes
du Nord justement, ou La Manufacture des Oeillets. Mais aussi les salles
plus cossues. Je crois qu'il y a des lieux où l'on est soi et des
lieux où l'on est ce que l'on représente. Quand je suis
arrivé à l'Olympia, ce n'était plus moi. J'avais
l'impression d'être une affiche qui bougeait, peut-être à
cause de cette espèce de légende attachée à
la salle, alors que dans un lieu comme la Boule Noire, on est obligé
d'avoir un contact direct avec le public.
- Vous étiez porté par la salle ou même seulement
par son nom...
- ... Oui j'étais complètement porté, mais je crois
que cela doit être pareil pour tout le monde. A l'Olympia, c'est
impossible d'avoir un trou de mémoire...
- ... Pour Juliette Gréco pourtant c'est possible...
- [Rires]... En ce qui me concerne j'étais vraiment porté.
J'ai eu le même sentiment au Théâtre de la Ville :
je n'étais plus Jean Guidoni, mais la chose elle-même. Je
suis peut-être plus sensible à ces impressions, que j'imagine
sûrement, parce que j'aime le music-hall. Donc je me sens beaucoup
plus protégé quand je chante dans ces salles-là que
si je dois faire une radio en direct – là, je panique. A
l'Olympia, j'ai le trac mais je n'ai pas peur.
La route
- Vous reprendrez du 2 au 5 octobre votre spectacle à la Boule
Noire.
- Oui, avec de nouvelles premières parties, Zoé et le dernier
soir Edith Fambuena avec son groupe Spring. C'est une fille extraordinaire.
Musicalement et humainement. Je pense que nous ferons mon prochain disque
ensemble, avec Fabrice Ravel-Chapuis également, et Mathias Malzieu,
s'il veut bien.
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A
Paris, le premier septembre 2007 |
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Pour cette génération de culture plutôt pop ou rock,
que représente Jean Guidoni ? Vous perçoit-elle comme un
"monument", avec toute une histoire, ou simplement comme un
nouvel interprète de ses musiques ou de ses textes ?
- Monument, c'est exagéré, mais il y a un une espèce
de respect qui s'est créé, c'est assez bizarre. En ce qui
me concerne je n'ai pas cette impression-là, au contraire, j'ai
toujours le sentiment de ramer. Et puis je suis toujours le nez dans ce
que je suis en train de faire, sans penser à mon parcours et à
ce qu'il peut représenter. Donc cette génération
de musiciens m'a permis de prendre un peu de recul. Au moment de la préparation
de Trapèze, alors que je me trouvais trop vieux, que je
pensais que je n'avais plus rien à dire, Edith m'a dit et prouvé
que de nombreux artistes plus jeunes, comme Dominique A, m'appréciaient,
me respectaient et étaient prêts à travailler avec
moi, ce qui n'était pas forcément le cas de la génération
précédente, trop proche de moi.
- Vous poursuivez donc votre virage pop. D'ailleurs ce n'est plus
un virage, c'est votre route maintenant. Pensez-vous qu'on puisse un jour
vous retrouver dans un autre registre ?
- Ce sont toujours
des étapes. Pour l'instant, c'est comme ça, mais je laisse
venir les choses, cela dépendra des rencontres que je ferai. Je
me suis aperçu qu'il n'était pas bon d'avoir des idées
trop pointues ou trop précises.
1 Jean Guidoni, Chanter n'est pas jouer, L'Archipel,
2003
2 http://blog.myspace.com/jeanguidoni
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