"Quand
il l’a vue, il l’a reconnue et ne l’a
plus perdue de vue"... Serge Rezvani, touché
par l’interprétation si juste des ses textes
par Mona Heftre (voir TantŁt
rouge, tantŁt bleu publié en 2000), s’est
remis au travail, offrant une vingtaine de nouvelles chansons
à celle qui déclarait alors ne vouloir rien
chanter d'autre que Rezvani.
De ces vingt nouvelles chansons présentées
sur scène pendant plus de deux ans, Mona n’a
gardé que la moitié pour ce disque enregistré
en public, Embrasse-moi, et heureusement car toutes
ne passaient pas la barrière de la curiosité.
Ici encore deux titres superflus: "Ma meilleure amie"
et "Amour d‘enfance", qui font figure de
pastiche. Ou comment Rezvani tout à la fois se caricature
lui-même et l’époque qu’il avait
si bien dépeinte jusqu’alors. Un exemple de
cette ancienne légèreté devenue lourdeur:
"Moi j’ai surpris mon amie / Comme chez elle
dans mon lit avec mon ami / Du même coup je m’retrouve
seule / Toute seule dans la vie / Sans ami, sans meilleure
amie / Comment faire pour surmonter une telle avanie…"
En revanche, Rezvani reprend la main lorsqu’il devient
plus grave, de cette gravité dont Mona Heftre est
sans doute la boussole et qui les unit sur ce disque.
"Les années Lula" en particulier, nouvelle
déclaration d’amour de 2'46 à celle
depuis longtemps déjà romancée, chantée,
peinte, peut-être la plus touchante de toutes. L’interprétation
de Mona Heftre donne tout son sens à l’angoisse
de la mort, de la séparation, mettant au second plan
le bonheur d’avoir vécu ensemble. La contrebasse
tragique et l’accordéon plaintif sont au diapason
de la chanteuse.
Ou encore "Les chagrins d’amour", la plus
réussie de ces nouvelles chansons, où Rezvani
semble vouloir se renouveler. C’est un exercice de
style, une réécriture qui inverse avec malice
le sens de "Plaisir d’amour", la célèbre
et ancienne romance de Claris de Florian et Martini: "Les
chagrins d’amour ne durent qu’un instant / Quand
plaisirs d’amour durent toute la vie / Et plaisirs
d’amour qui durent toujours / Disent que notre vie
est faite pour l’amour"...
Mona a beaucoup chanté ces chansons sur scène.
Dans cet enregistrement en public on la sent plus à
l’aise, moins impressionnée en somme par le
monument Rezvani qu’elle explore et fait revivre.
Embrasse-moi, ou comment Mona la Vestale est devenue
la Muse Melpomène.