C'est
au Point Ephémère à Paris que Dillinger
Girl et Baby Face Nelson, le couple de gangsters fugitifs
imaginé par Helena Noguerra et Federico Pellegrini
(Little Rabbits), a choisi de s'arrêter pour son tout
premier concert. Main tamponnée à l'encre, salle
ultra-tabagisée, jusqu'au malaise... tout un décorum
de "concert rock" un peu suranné, pour ne
pas dire plus...
La première partie est introduite par mademoiselle
Noguerra elle-même: "Bonsoir, je m'appelle Helena,
je vous présente Florence Desnoux [?]. J'ai entendu
une chanson d'elle que j'ai beaucoup aimée, je lui
ai proposé de chanter ici ce soir, alors elle a écrit
trois autres chansons en trois semaines..." Quatre titres
seulement, donc, et heureusement, tant la noirceur des textes,
sur-soulignée par des roulements d'yeux outrés,
et le minimalisme des compositions (boucles avec guitares,
répétées à l'infini) sont caricaturaux,
et finalement indigents. A-t-on vraiment envie de mourir d'un
cancer du poumon pour écouter une mauvaise parodie
vocale de Brigitte Fontaine et Dani dévider sa litanie
livide et primaire: "Il faudra me scalper la tête,
il faudra me casser les bras, il faudra, il faudra..."
?
Le concert de Dillinger Girl and Baby Face Nelson commence
ensuite par deux petits films où les deux personnages
présentent leur univers: c'est l'Amérique des
gangsters (Tucson, Arizona), de Bonnie & Clyde,
revue par les sixties françaises (Godard ou Gainsbourg),
le tout lui-même revu par l'esthétique du clip
vidéo... Dillinger Girl and Baby Face Nelson joue avec
les clichés les plus éculés, comme une
parenthèse conceptuelle, ou une plaisanterie musicale,
dans la carrière d'Helena et du chanteur des Little
Rabbits. Mais le pastiche est un genre redoutable qui exige
plus de soin et plus de sérieux que ces images vraiment
trop faciles, et pour tout dire paresseuses, n'en ont montré.
Heureusement les chansons elles-mêmes seront plus en
phase avec le projet. Ce n'est d'ailleurs plus "Helena
jeans cheveux longs" qui est sur scène désormais,
mais Dilliger Girl, jupe et chemise noires, gestes et poses
à la Faye Dunaway. La plupart des morceaux sont écrits
en anglais, sur des musiques pop-rock: une sorte de "Fais-moi
mal Johnny" américain ("Hit"), un étonnant
morceau a capella, harmoniquement remarquable, ou un très
réussi manifeste je m'en foutiste ("I don't care...
I just want your tongue in my mouth..."), par exemple.
Cependant difficile d'apprécier véritablement
les chansons quand les incidents (texte oublié, morceau
interrompu etc) se succèdent sur la scène. Certes
l'extrême douceur, la simplicité cachée
derrière la sophistication d'Helena qui n'arrivait
pas toujours à tenir ou à trouver la note, absolvait
tout, et nous devenions indulgents. Mais Baby Face Nelson
ne pouvant suivre la musique qu'il a pourtant composée,
se trompant, laissant Helena au bord du chemin, se mettant
en avant (dialogue perpétuel avec le public)... Heureusement
que le professionalisme d'Helena, qui reprenait "au rasoir",
à l'endroit pile où Baby Face Nelson s'était
arrété, permettait au groupe d'emporter le morceau.
La belle a plus d'un tour dans son sac, comme ce sourire si
particulier (même lorqu'elle chante quelque chose comme
"I want to die", avec un souci de distanciation
si appréciable), le même sourire qui permet sans
doute à Dillinger Girl de braquer des banques...
Le concert s'achêve sur une reprise inattendue de "Heart
of glass" de Blondie. C'est amusant.
Nous regagnons vite les bords du canal pour respirer tant
nous manquions d'oxygène. A la Cité de la Musique
en avril prochain, l'ambiance sera différente, peut-être
même que Baby Face Nelson aura répété.
Peut-être que le concept aura été peaufiné.
Quoi qu'il en soit, la lumineuse Dillinger Girl, elle, n'aura
besoin de personne ("... en Harley Davidson..."),
pas même d'un hommme ("... au minimum...")
pour continuer sa route. Il paraît même qu'elle
se déguise parfois et qu'on la rencontre sous le nom
d'Helena Noguerra... |