Il
est difficile de parler de la chanteuse sans passer par la comédienne.
Instinctive et immédiatement dans le rôle, sans préparation
aucune, la comédienne se laisse porter par le personnage
et demande beaucoup aux metteurs en scène qui la dirigent.
En revanche, la chanteuse "travaille" énormément,
se pénètre aussi du "personnage" parce qu’elle
pense que chaque chanson est une sorte de petit film avec son histoire
et son climat. En fait, elle a un peu peur : la fausse note l’effraie
autant que le faux sens. Elle est extrêmement pointilleuse
là-dessus et on ne peut que l’en remercier.
Disons tout de suite, pour la caractériser formellement,
qu’elle a été la première à chanter
"jazzie", à cette époque des années
trente, où régnaient avec justice des diseuses remarquables,
de Fréhel à Damia, de Marie Dubas à Suzy Solidor,
dont le talent n’est pas à remettre en cause.
Si Darrieux a conservé ce sens parfait de la diction, elle
y a ajouté un charme sans précédent, une voix
/ caresse qu’il est difficile d’écouter sans
être bouleversé, émotionnellement et sexuellement.
Pas une chanson de Danielle sans qu’il soit question d’amour,
d’aimer, de souffrir, de jouir. Car, sous les paroles apparemment
anodines, se cachent souvent des allusions sexuelles adroitement
évoquées à travers des situations plus "romanesques".
Il y a une qualité qui n’appartient qu’à
elle et qui en fait la meilleure chanteuse "moderne",
c’est la délicatesse. Ajoutée à un velouté
savant, cette qualité devient l’expression même
de la communication intime. Un délice. Une femme, une actrice
et une chanteuse irremplaçables.
Paul Vecchiali,
mars 2009
Ci-dessous la liste complète des
comédies musicales, des concerts et des films de Danielle
Darrieux commentée par Paul Vecchiali.
Les comédies musicales
- 1970 Coco, musique d'André Prévin
et lyrics d'André Prévin et de Alan Jay Lerner. Présenté
à Broadway avec un immense succès. Elle y succédait
à Katharine Hepburn qui ne tarissait pas d’éloges
sur le jeu de Danielle.
- 1971 Ambassador, musique de Don Gohman et lyrics de Hal
Hackady. Joué à Londres avec succès puis trois
jours à New-York où la pièce connut un retentissant
échec, prévu par Danielle elle-même.
Les
concerts
Peu de choses, hélas, la Tête de l’Art en 1968
(avec Robert Valentino et son ensemble) puis l’Alhambra. On
a annoncé pendant quelques années une revue à
l’Olympia, projet qui ne s’est jamais concrétisé.
Les
films
- 1931 Elle décroche le rôle d’Antoinette, dans
la partie française du film de Wilhelm Thiele Le Bal.
Le réalisateur venait de terminer Le Chemin du paradis
avec Lillian Harvey et Henri Garat qui, plus tard… La légende
prétend que, l’entendant fredonner (ce que Danielle
ne cesse de faire dans la vie), les producteurs Marcel Vandal et
Charles Delac décidèrent d’ajouter deux chansons
au scénario. Sur une musique de Werner
Richard Heymann et
des couplets de Henry Falk, avec pour chef d’orchestre Julien
Poiret, Danielle chante "C’est le dimanche", en
duo avec André Lefaur, Germaine Dermoz les rejoignant au
refrain. Et, toute seule, "La Poupée de porcelaine",
en s’accompagnant au piano. On retrouvera Danielle détaillant
"C’est le dimanche" pendant le générique
de fin. Une autre chanson dont on ignore le nom de l’interprète
se fait entendre sur le générique de début
: "Un mot d'amour". Au cours du film, elle prend des leçons
de piano sous la conduite de la divine Marguerite Pierry. Le succès
du film est tel que Danielle signe un contrat de longue durée.
Et elle enchaîne les films.
- 1931 Coquecigrole d’André Berthomieu. Elle
y chante "Pauvre Mimi", chanson mélo (qu’auraient
pu interpréter Berthe Sylva ou Lucienne Boyer) et, en duo
avec Raymond Galle, "Ça s'appelle l'amour" sur
des paroles d’Alfred Achard, musique de M. Pollet et M. Dillard,
dirigée par Philippe Parès et Georges Van Parys.
- 1931 Panurge de Marcel Bernheim, très influencé
par L’Atalante de Jean Vigo. Seul Paul Poiret (le
couturier) chante trois chansons de Henri Cliquet-Pleyel sur des
paroles de Robert Desnos "Pour Isabelle", "Pamela"
et "Tu resteras toujours".
- 1932 Le Coffret de laque, tiré d’Agatha
Christie, de Jean Kemm. Elle y esquisse quelques pas de danse sur
une musique de Henry Verdun.
- 1933 Château de rêve de Geza von Bolvary
et Henri-Georges Clouzot. Rien encore pour Danielle mais Édith
Méra chante "L’Amour est entré dans ma
vie" sur une musique de Franz Grothe.
- 1933 Mauvaise graine de Billy Wilder et Alexandre Esway.
Musique de Franz Waxman et Allan Gray. Rien dans le film mais Pierre
Mingand et Danielle Darrieux enregistreront une chanson en duo,
écrite sur le thème principal du film : "Depuis
que tu m'as quitté". Aucun crédit pour les paroles.
- 1933 Volga en flammes de Victor Tourjansky. Si elle ne
chante pas dans ce film historique et tragique, elle y rencontre
Albert Préjean avec lequel, très vite, elle interprétera
un certain nombre de duos.
- 1934 La Crise est finie de Robert Siodmak. Une véritable
troupe chante à tour de rôle ou en chœur "On
ne voit ça qu'à Paris" : y participent l’exquise
Suzanne Dehelly, René Lestelly, et le duo vedette, Albert
Préjean et Danielle Darrieux. De même la chanson éponyme
est reprise par toute la troupe après le solo d’Albert
Préjean. En revanche, "Sans un mot", romance subtile,
est interprétée avec délicatesse par les deux
vedettes de ce film incroyablement réussi. Les chansons sont
signées Jean Lenoir et Max Colpé pour les paroles
et Franz Waxman pour la musique.
- 1934 L’or dans la rue de Curt Bernhardt. Sur une
musique de Georges Van Parys et Paul Dessau, des paroles de Jean
Boyer, Albert Préjean chante "Un gars qui sait tout
faire". Danielle Darrieux, seule, "J’avais rêvé
de porter cette robe uniquement par amour". Puis, en duo avec
son partenaire, "Ni pire ni meilleur qu'un autre" de Wal-Berg
et Henri Lemarchand, dans ce film mieux cinématographié
et scénarisé que les précédents. Ici,
Danielle présente des qualités dramatiques exceptionnelles
qui ne vont pas tarder à être utilisées tant
dans les films que dans les chansons.
- 1934 Mon coeur t'appelle de Carmine Gallone et Serge
Veber. Engagée comme faire-valoir de Jean Kiepura, doublure
française de Martha Eggerth, Danielle a ici son rôle
le moins intéressant et elle n’y chante rien. Kiepura,
lui, chante des airs d’opéra (La Tosca par
exemple) et deux petites romances "Mon coeur soupire"
et "Le Bel amour". Paroles : Serge Veber et Musique :
Robert Stolz.
- 1934 Dédé de René Guissart dont
on ne dira jamais assez combien son talent fut injustement dénigré
non seulement par les critiques mais surtout par la Paramount qui
brûla une douzaine de négatifs de ses films. Ce film
est pourtant un chef-d’œuvre d’ingéniosité
et de virtuosité. Albert Préjean y chante "Dans
la vie faut pas s'en faire","Je m'donne", "Pour
bien réussir dans la chaussure" et Danielle Darrieux
"Si j'avais su évidemment" sur des paroles de Albert
Willemetz et une musique de Henri Christiné.
- 1935 J’aime toutes les femmes de Carl Lamac et
Henri Decoin. Danielle sert de nouveau de faire-valoir, en compagnie
de la charmante Hélène Robert, à Jean Kiépura.
Danielle m’a raconté à propos de ce film : «
Quand j’ai tourné Mon coeur t'appelle Eggerth
et Jean Kiépura se chamaillaient sans cesse et, en revenant
en Allemagne pour celui-ci, j’ai appris qu’ils s’étaient
mariés. »
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En
répétition avec Robert Valentino pour le tour
de
chant à la Tête de l’Art en 1968 |
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En
répétition avec Robert Valentino pour le tour
de
chant à la Tête de l’Art en 1968 |
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Sur
la scène de la Tête de l’Art en 1968
chantant "Comme au théâtre" (R. Arday) |
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Sur
la scène de la Tête de l’Art en 1968
chantant "Comme au théâtre" (R. Arday) |
Images
extraites de "Visite à Danielle Darrieux",
Panorama,
ORTF, 16 février 1968 (disponible sur le site de l'INA) |
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- 1935 Le Domino vert de Herbert Selpin et Henri Decoin.
Contrairement aux bruits qui courent, ce n’est pas Danielle
Darrieux qui chante "C’est bon", musique de Hupperz,
dans le film, mais Lindia, interprète du rôle de Pâquerette.
- 1935 Le Contrôleur de Wagons-lits de Richard Eichberg.
Sur des paroles de Jean Boyer et une musique de Will Meisel et Hermann
Josef Schneider, Danielle chante un seul couplet "Je n'suis
qu'une femme du corps de ballet", tandis qu’une chanteuse
de bastringue interprète "Voilà pourquoi".
Autre rencontre amusante, on entend par instants la musique de "Lorsque
tout est fini" que Danielle Darrieux enregistrera plus tard.
Pour Danielle Darrieux, les choses vont commencer à devenir
sérieuses. Dorénavant, elle va, pourrait-on dire,
mener le bal…
- 1935 Quelle drôle de gosse de Léo Joannon.
Encore avec Préjean et Baroux, Danielle chante "Il faut
se jeter à l'eau" dont les lyrics sont de Jean Lenoir
et la musique de Georges Van Parys. Le titre du film va coller à
l’image de Danielle jusqu’à Mayerling
- 1935 Mademoiselle Mozart de Yvan Noé Sur une musique
de Wal-Berg et des paroles de Camille François (il se trouve
que j’ai travaillé pour ce monsieur sur les romans-photos
qu’il éditait en compagnie de Jean Chappelle dans le
début des années soixante et j’ai tenu pour
leur revue Music-hall, la rubrique de critique de cinéma)
Pierre Mingand chante "Dans la vie chacun doit suivre son destin",
Danielle Darrieux esquisse la chanson "Le Bonheur c'est un
rien", Pauline Carton et Pierre Mingand chantent en duo "Ailleurs".
Puis vient la séquence-cléf du film : le dialogue
entre deux pianos. Un peu à l’instar de Cyd Charisse
et Fred Astaire dans Bandwagon où leur promenade
se transforme progressivement en danse, ici, les échanges
entre les pianos deviennent chanson ; une des plus belles du couple
Mingand / Darrieux : "Ça vient tout doucement".
L’orchestre joue un air dont on fera plus tard une chanson
intitulée "Vous" qu’enregistreront les interprètes.
- 1936 L’année des drames. Port-Arthur, Tarass
Boulba (où Danielle a remplacé au pied levé
Janine Crispin) et surtout Mayerling qui la propulsera
star internationale. Mais les producteurs veillent et ne veulent
pas laisser Danielle loin des comédies où elle tient
la tête du peloton français des jeunes premières.
- 1936 Un mauvais garçon de Jean Boyer. Jean Boyer
qui a écrit pour elle la dirige enfin dans ce film élégant
après avoir réalisé quelques comédies
musicales comme Prends la route, grande réussite,
dont le premier plan-séquence a dû inspirer Jacques
Demy. Sur des lyrics de Jean Boyer et une musique de Georges Van
Parys, Danielle y chante avec Henri Garat (entendu à la radio)
"Je n'donnerai pas ma place". Garat interprète
"C’est un mauvais garçon" tout en valsant
avec Danielle. Chanson que celle-ci reprend en semi-parodie, déguisée
en gigolette. Enfin le charmant et sensible duo "Imaginons
que nous avons rêvé".
- 1936 Club de femmes de Jacques Deval, comédie
polissonne dans laquelle Danielle ne chante pas, ni dans le dramatique
et sublime Abus de confiance de Henri Decoin en 1937.
- 1937 Mademoiselle ma mère de Henri Decoin. Comédie
gentiment subversive et coquine, vaguement incestueuse même
où Danielle, constamment provocante, chante "Je n'aime
que vous au monde", Paroles de Jean Boyer et Musique de Georges
Van Parys. Cette chanson, à peine ébauchée,
ne sera reprise dans aucun enregistrement. Après un court
séjour aux USA où elle est filmée par Henry
Koster dans Coqueluche de Paris, charmante comédie
sans lyrics dans laquelle les scénaristes ont condensé
tous les "effets" de ses films français, Danielle
revient en France où l’attendent trois films décisifs.
- 1938 Katia de Maurice Tourneur. Sur une musique de Wal-Berg,
Danielle chante là une de ses plus belles chansons. Extrait
des paroles de Jean Ferney : "Il peut neiger / Le long des
vastes plaines / Il peut neiger / Le temps de chaque hiver / Il
peut neiger / Demain la terre est pleine / De nouveaux bougeons
tout verts / Tout peut changer / Sauf une chose au monde / Rien
ne peut changer / Mon Cœur".
- 1938 Retour à l'aube de Henri Decoin. Danielle
trouve dans ce film son rôle le plus ambigu où rêve
et réalité se mélangent de façon tout
à fait dialectique. Elle interprète une chanson tout
à fait émouvante, sans rapport aucun avec l’anecdote,
mais qui exprime bien le désarroi du personnage : "Dans
mon coeur" sur une musique de Paul Misraki et des paroles d’André
Hornez.
- 1939 Battement de coeur de Henri Decoin. Apothéose
absolue de Danielle, tant au box-office cinéma qu’aux
meilleures ventes de chansons avec cette délicieuse "Une
charade". Musique de Paul Misraki, paroles d’André
Hornez. Film subversif et bardé de charme où Darrieux,
dont la beauté s’épanouit, devient l’égale
des plus grandes stars américaines. Plus tard, Danielle enregistrera
la valse leit-motiv du film sous le titre " Au vent léger".
La Drôle de Guerre va remplacer la Drôle de Gosse. Danielle
va continuer à tourner, avec moins d’enthousiasme mais
avec autant de succès au cinéma comme au hit-parade.
- 1941 Premier rendez-vous de Henri Decoin. Avec ce film,
que Danielle déteste pour des raisons extraprofessionnelles,
elle va pulvériser le box-office et interpréter la
chanson qui tiendra la tête des ventes durant toute la guerre
: chanson éponyme dont la musique est signée René
Sylviano et les paroles, Louis Poterat. Autre interprétation
par toute la troupe des pensionnaires : "Chanson d'espoir"
des mêmes auteurs.
- 1941 Caprices de Léo Joannon. Moins inspiré
ici que dans Quelle drôle de gosse, Léo Joannon signe
un film médiocre qui remporte un immense succès. Danielle
chante en duo avec Albert Préjean ce fameux "Caprices"
sans grande originalité, sur une musique de Georges Van Parys
et des paroles de J. Solar.
- 1942 La Fausse maîtresse, premier film de André
Cayatte. Ici aussi, succès populaire assuré, de même
que "Les Fleurs sont des mots d'amour" qui deviendra la
chanson préférée des Français sous l’Occupation.
Lyrics de Louis Poterat. Musique de Maurice Yvain. Autre morceau
: "Berger d'autrefois", chanté par Danielle au
cours du film. Absence de quelques années dues aux problèmes
de Porfirio Rubirosa qu’elle a épousé juste
après ce dernier film et l’épisode douloureux
du voyage à Berlin.
- 1945 Au petit bonheur de Marcel L’Herbier. Film
sans grand intérêt où Danielle retrouve Paulette
Dubost, André Luguet et tourne pour la première fois
avec l’insignifiant François Périer. Elle y
chante (divinement) "Si vous n'osez pas me dire", très
jolie mélodie de Wal-Berg et agréables paroles de…
Françoise Giroud.
- 1945 Adieu... Chérie de Raymond Bernard. Injustement
négligé, ce film est tout à fait réussi.
Danielle y chante une de ses plus belles chansons, qui a donné
son titre au film (ou l’inverse !), sur des paroles de Jacques
Companeez et André Tabet, et une musique de Wal-Berg. Autre
chanson du film, plus commune, des mêmes auteurs, qui a fait
un joli succès cependant, "Jolie petite étoile".
- 1947 Bethsabée de Léonide Moguy (sombre
et laborieux mélo). Elle y chante une romance mise en musique
de Joseph Kosma sur des paroles de Roger Vitrac "Le Temps d'y
croire". À l’occasion de cet éloignement,
Danielle se sépare de Rubirosa et épouse Georges Mitsikidès
avec l’intention d’abandonner le cinéma. Deux
derniers contrats à honorer et…. Terminé !
- 1947 Ruy Blas de Pierre Billon et Jean Cocteau. Elle
y incarne la Reine d’Espagne aux côtés du bondissant
Jean Marais, démontrant un vrai talent de tragédienne.
Sans chanson.
- 1948 Jean de la lune de Marcel Achard. Si elle y est
plus subtile que Madeleine Renaud, Marceline de la version précédente,
le film est bien inférieur à celui de Jean Choux et
François Périer, ridicule à côté
de l’extraordinaire performance de Michel Simon.
- 1949 Occupe-toi d'Amélie… ! de Claude Autant-Lara.
Un chef-d’œuvre absolu qui se joue de la dialectique
théâtre / cinéma dans une délectation
où le farfelu enlevé par une troupe d’acteurs
géniaux permet à Danielle d’exprimer l’éventail
de son talent. Elle y chante en duo avec Jean Desailly "Tu
ne sauras jamais". Paroles de G. Millandy. Musique de Joseph
Rico, chanson de 1910.
Enfin Max Ophuls…
- 1950 La Ronde de Max Ophuls. Films à sketches
où Adolf Wohlbrück interprète la chanson du générique
mais rien pour Danielle, excellente dans le rôle de la femme
adultère. Un petit tour en Italie où elle incarne
la muse du musicien Toselli (film de Duilio Colettti) et retour
aux Etats-Unis "pour leur en prendre", comme elle disait,
et être la mère de… Jane Powell (de treize ans
sa cadette !) dans le film de Norman Taurog Riche, jeune et
jolie où Danielle danse et chante "L’amour
toujours", "We Never Talk Much" et "C’est
fini" de Nicolas Brodszky et S. Cahn en duo avec Fernando Lamas.
- 1951 La Maison Bonnadieu de Carlo Rim. Jolie réussite
sans chanson. Mais Danielle ou DD s’effacent devant DARRIEUX
! La seule chanson du film est interprétée par Mouloudji
"La Complainte des infidèles" : Musique de Georges
Van Parys. Paroles de Carlo Rim.
- 1951 Le Plaisir de Max Ophuls. Dans ce chef-d’œuvre
fabuleux au plein sens du terme, Danielle fredonne et termine la
chanson "Combien je regrette", sur des paroles de Béranger,
arrangement de Joe Hayos. Un des plus grands moments du cinéma
mondial.
- 1951 La Vérité sur Bébé Donge
de Henri Decoin. Nouveau chef-d’œuvre avec la si personnelle
musique de Jean-Jacques Grünenwald. Gabin et Darrieux y rivalisent
de grandeur et d’émotion.
Nouveau séjour à Hollywood mais avec Joseph Mankiewicz
et James Mason comme partenaire dans L’Affaire Cicéron
puis concession au " populaire", dirigée par Christian-Jaque,
Adorables créatures 1952 et, en 1953, le plus mauvais
film de Claude Autant-Lara Le Bon Dieu sans confession.
- 1953 Madame De... de Max Ophuls. Je ne reviendrai pas
sur ce que représente ce film et dans la carrière
de Darrieux et dans l’histoire du cinéma mondial.
Danielle y fredonne le thème principal du film écrit
par Georges Van Parys en y ajoutant quelques paroles en semi-improvisation
"Je ne tirerai pas vingt mille francs de tout ça, la
la la la la la la la" pendant le plan-séquence d’ouverture,
résolument époustouflant. Virtuosité, charme,
émotion, réserve.
- 1953 Châteaux en Espagne de René Wheeler.
Joli film qui m’a donné l’occasion de rencontrer
Danielle Darrieux pour la première fois, grâce à
Maria Riquelme, pendant la séance de post-synchronisation
aux Studios de Joinville.
- 1954 Le Rouge et le noir de Claude Autant-Lara. Adaptation
crapuleuse du sublime roman de Stendhal mais Darrieux y est éblouissante
et, sur la musique de l’excellent René Cloërec,
donne la seule scène vraiment stendhalienne du film au cours
de son aller-retour de sa chambre à celle de Julien Sorel.
- 1954 Escalier de service de Carlo Rim. Divertissant film
à sketches qui lui fait rencontrer Robert Lamoureux, son
futur partenaire au théâtre.
- 1954 Bonnes à tuer de Henri Decoin. Le seul vrai
mauvais film du couple.
- 1955 Un nouveau saut aux USA pour être la mère de
Richard Burton (!!!) dans Alexandre le Grand de Robert
Rossen. La même année, un Decoin de bonne facture L’Affaire
des poisons où elle est d’une beauté stupéfiante,
face à Viviane Romance. Toute une époque : celle où
elles étaient rivales au box-office, dans les années
trente.
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Chantant
"Le Temps du muguet" (F. Lemarque / B. Soloviev
/
Sedoï et H. Matoussovski), ORTF, 24 décembre 1960
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Chantant
"Pour une amourette" (L. Escudero), ORTF, 25 février
1963 |
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Chantant
"Les Petits Lapins (Pierre Delanoë / Gilbert Bécaud)",
ORTF, 30 mai 1960 (tous ces extraits d'émissions
sont disponibles sur le site de l'INA) |
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- 1955 L’Amant de lady Chatterley de Marc Allégret.
Moins frelaté que celui de Pascale Ferran mais relativement
médiocre. Apparition obligatoire dans le Napoléon
1954 et dans Si Paris nous était conté 1955
de Sacha Guitry et, en 1956, un sévère Le Salaire
du pêché de Denys de La Patellière. La
même année, La Vie à deux de Clément
Duhour sur un scénario de Guitry, film à sketches
sans envergure.
- 1957 Pot-Bouille de Julien Duvivier. Admirablement filmé
et interprété, ce film donne la part belle aux comédiennes
surtout et, en particulier, à Darrieux. Mais toujours pas
de chansons.
- 1957 Le Septième ciel de Raymond Bernard. Moins
réussi que Adieu Chérie... mais assez finement
réalisé. Danielle y chante "Le Temps d'aimer".
Musique : Paul Misraki Paroles : Jean Broussole
- 1958 Le Désordre et la nuit de Gilles Grangier,
pensum mais présence de Gabin.
.
- 1958 Un drôle de dimanche de Marc Allégret
où l’accompagnent Bourvil, Arletty, Hanin et…
Jean-Paul Belmondo. Bien troussé. Danielle y est très
belle mais n’y chante pas.
- 1958 Marie-Octobre de Julien Duvivier, évidemment
plus franc et plus subtil que son remake télévisé,
avec des acteurs hypernaturalistes. Seul Serge Reggiani prend quelques
risques.
- 1959 Les Yeux de l'amour de Denys de la Patellière
où on la voulait laide (!!!!!) ; sans chanson non plus.
- 1960 Meurtre en quarante-cinq tours d’Étienne
Périer où elle interprète "Bonjour mon
coeur". Musique : Robert Chabrier Paroles : Jo Moutet (parolier
qu’aimait particulièrement Danielle) Trop lourd était
l’handicap Boileau / Narcejac pour ce film bien réalisé.
- 1960 L’Homme à femmes de Jacques Gérard-Cornu.
Seul intérêt : première rencontre avec Catherine
Deneuve.
- 1961 Vive Henri IV, vive l'amour de Claude Autant-Lara.
Simple apparition.
- 1961 Les Bras de la nuit de Jacques Guymont.
- 1961 Le Crime ne paie pas de Gérard Oury. (Sketch
: "L’Homme de l’Avenue")
- 1961 The Greenage Summer de Lewis Gilbert. Seul film
tourné en Angleterre.
- 1962 Landru de Claude Chabrol. Et, la même année,
apparition dans Pourquoi Paris ? de Denys de la Patellière.
- 1963 Du grabuge chez les veuves de Jacques Poitrenaud
où elle minaude beaucoup face à une Dany Carrel, impeccable
- 1963 Méfiez-vous Mesdames d’André
Hunebelle où elle chante la chanson éponyme. Michel
Magne pour la musique et Eddy Marnay pour les paroles.
- 1964 Patate de Robert Thomas. Elle y interprète
"Le Diable au corps" (en hommage à Micheline
Presle ???) sur une musique de Raymond Le Sénéchal
et des paroles de Jean Dréjac.
- 1964 Le Coup de grâce de Jean Cayrol et Michel
Duran. Pensum intello se recommandant en vain de la Nouvelle Vague
!
- 1965 Le Dimanche de la vie de Jean Herman. Ampoulé
mais féroce sur l’avant-guerre. C’était
l’occasion d’y faire chanter Danielle. Personne ne semble
y avoir pensé… Elle interprète tout de même
la chanson éponyme dans le générique. Paroles
de Raymond Queneau. Musique de Georges Delerue.
- 1965 L’Or du duc de Jacques Baratier Simple apparition
dans ce film où j’étais assistant. Nous avions
beaucoup parlé de Madame De....
- 1966 Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy. Elle
y joue le rôle de madame Yvonne Garnier (alors qu’elle
aurait pu s’appeler madame Dame puisque son amant de l’époque
avait pour nom Simon Dame, finement ciselé par Michel Piccoli).
Jacques Demy, qui tisse admirablement les fils de son anecdote,
véritable tapisserie enchantée, réussit aussi
à confronter la tradition française (des alexandrins,
Darrieux, Perrin, Piccoli, Thénier, les jeux de mots) au
rêve américain (Gene Kelly, la danse et les chants).
Deux morceaux pour Danielle : "Chanson d'Yvonne" et "La
Femme coupée en morceaux". Paroles de Jacques Demy.
Musique de Michel Legrand.
- 1966 L’Homme à la buick de Gilles Grangier.
Pensum en compagnie de Fernandel pour la première fois. Ni
l’un ni l’autre ne chantent.
- 1967 Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Dominique
Delouche. Reprenant le projet de Max Ophuls, Delouche réalise
un film-ode à Danielle.
- 1968 Les Oiseaux vont mourir au Pérou de Romain
Gary.
- 1969 La Maison de campagne de Jean Girault.
- 1972 Roses rouges et piments verts de Francesco Rovira
Beleta avec Gina Lollobrigida. Trois films pour payer les impôts,
dirait Danielle.
- 1975 Divine de Dominique Delouche. Seule véritable
comédie musicale faite en France pour Darrieux, ce film est
une réussite, un petit bijou où Danielle, mieux photographiée,
habillée, chapeautée et maquillée que dans
Les Demoiselles de Rochefort, nous offre, avec élégance
et charme, son talent de chanteuse et de comédienne. Sur
une musique de Bernard Lelou et Jean Claudric et des paroles de
Jean-Pierre Ferrière, qui a aussi signé le scénario,
elle interprète : "Une composition", "La Dame
aux camélias" (avec Georgette Plana), "Quel âge
peut-elle avoir ? ", "J’oublie tout", "C’est
fou", "Two For The Show" (avec Jean Le Poulain),
"La même chose" (bistrot-solo), "Je suis mourante"
(avec Richard Fontana), "Les Amants à contre-temps"
et "Pourquoi l'amour ?"
- 1976 L’Année sainte de Jean Girault. Pour
dire adieu à Gabin ?
- 1978 Le Cavaleur de Philippe de Broca (simple participation).
- 1982 Une chambre en ville de Jacques Demy et Michel Colombier.
Véritable opéra filmé en Play-Back où
seuls Jean-Louis Rolland, Fabienne Guyon et Danielle Darrieux chantent
sur leurs propres voix. Chef-d’œuvre absolu et culotté
où Danielle est éblouissante : vitalité et
humour.
- 1982 En haut des marches de Paul Vecchiali. Danielle
interprète la chanson du générique, titre éponyme,
enregistrée en studio. En décors naturels et pour
la première (la seule ?) fois de sa vie, elle interprète
"La Complainte de Charles", Musique de Roland Vincent,
Paroles de Paul Vecchiali. Aussi en direct, de Charles Baudelaire
et Henri Duparc, "Mon enfant, ma soeur". Arrivé
en retard pour l’enregistrement de la chanson du générique,
j’ai trouvé Danielle, les yeux fermés, les bras
battant l’air, à la recherche de son intériorité.
Un des plus beaux jours de ma vie. Elle me disait "C’est
toi qui devrais chanter ça…" J’en riais.
J’aurais pu en pleurer. La voir, l’entendre chanter
une chanson écrite par moi avec ce sens aigu du texte et
de la musique m’aurait semblé pure utopie quand j’avais,
à six ans, découvert une photo de Danielle et que
je m’étais promis, après avoir vu Mayerling,
de faire un film avec elle…
- 1985 Le lieu du crime d’André Téchiné.
(qui, déjà, avait voulu faire, avec elle et Romy Schneider,
Les Mots pour le dire repris par José Pinheiro avec
d’autres actrices).
- 1986 Corps et biens de Benoît Jacquot.
- 1988 Quelques jours avec moi de Claude Sautet. Sans chansons.
- 1989 Bille en tête de Carlo Conti. Elle y chante
en duo avec Thomas Langman, dans le générique, "À
l’Île Maurice", paroles et musique de Charles Trenet.
- 1992 Les Mamies de Annick Lanoë. En choral, "La
Contine des mousquetaires", paroles et musique de François
Hadji Lazaro.
- 1999 Ça ira mieux demain de Jeanne Labrune.
- 2001 Huit femmes de François Ozon d’après
Robert Thomas. Danielle illumine in fine un film bien formaté
en interprétant avec une émotion communicative "
Il n'y a pas d'amour heureux", de Georges Brassens et Louis
Aragon.
- 2003 Une vie à t'attendre de Thierry Klifa. (Pas
de chanson)
- 2006 Seconde chance d’Anne Fontaine. Véritable
massacre que l’on espère involontaire. Danielle chante
"La Folle complainte" de Charles Trenet avec une voix
éraillée dans un costume et des décors résolument
grotesques.
- 2007 L’Heure zéro de Pascal Thomas (rien
à voir avec Robert). Elle est étourdissante dans cet
Agatha Christie sans originalité et, malheureusement, sans
chanson.
Paul Vecchiali, mars 2009
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