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La
chanteuse d'un seul tube, la fille marrante et sympathique qui
sait raconter avec distance sa petite histoire sur les plateaux de télévision
et les scènes de théâtre, comme le prouve son récent
spectacle de music-hall qui met en scène le personnage de la
Loeb reprenant, avec ses "trois notes dont deux ou trois pas très
réglotes" et sa "gouaille canaille", Madonna ou
Joséphine Baker... sort aujourd'hui un chef-d'oeuvre de pop sombre
(mais pas "dépressif") totalement inattendu (sauf peut-être
par ceux qui connaissaient son magnifique Shirley avec Judith
Magre) où, très loin du music-hall LGBT, on croise entre
autres Elisa Point et Lizzy Mercier Descloux... Un disque "écorché"
qui parle d'amour, de mort, de solitude, et dont la majorité des
textes est signée ou co-signée par l'interprète elle-même,
laquelle a trouvé avec ses compositeurs un équilibre parfait
entre gravité non feinte et légèreté non forcée.
La première chanson, "Crime parfait", en est le meilleur
exemple : Bertrand Belin compose une sorte de rumba (?) guillerette, très
Zizi, alors que Caroline Loeb chante la violence de l'amour, à
laquelle il faut s'offrir en holocauste : "On ne se donne pas / On
se lie / On s'marie pas / On s'associe / A son héros, à
son bourreau / Telle une lame à son couteau"... Et, à
l'autre bout du spectre, le deuxième titre évoque, au rythme
d'une ballade un peu lasse, la joie étonnée du retour de
l'amour : "Et tout me revient intact et tendre / Et sur ta peau je
retrouve les mots...". Tout le reste est déclinaison entre
ces deux pôles, exploration détaillée, opérée
par une femme de cinquante ans, de l'histoire sentimentale de sa propre
peau et de celle de ses amants, jusqu'à la dissection, jusqu'à
l'écorchement : "Tes toutes petites rides / Là quand
tu m'souris" ("Détails", très belle chanson
qui joue sur le contraste entre le piano classique et le prosaïsme
des détails du texte), "Et sous ta peau, tes os, je t'en prie
laisse-moi faire / Je verrai de mes ombres les contours les plus clairs"
("Simplement", magnifique ballade à la guitare), "Ecorchée
/ Comme dans un livre ouvert / Plaque sensible elle accroche / Les zones
d'ombre, la lumière / Puis se referme nue / Sur ses petites cicatrices"
("Ecorchée", sombre chanson strophique, qui rappelle
un peu "L'Autre joue" de Lio)...
Pour chanter les conclusions de ses recherches dans les différentes
couches de l'épiderme amoureux, Caroline Loeb reste mezza-voce,
comme une amie qui fredonne à votre oreille, surtout comme une
actrice qui se met soudain à chanter dans un film lorsque les dialogues
ne peuvent plus dire ce qu'il y a à dire. C'est Hélène
Surgère ou Sonia Saviange qui soudain prend la parole en chantant,
et peu importent les fausses notes, puisqu'on a l'ivresse, comme dans
le sublime refrain de "La Place du mort" d'Elisa Point, chef-d'oeuvre
bouleversant de l'album qui prouve au passage qu'il est possible de chanter
du Elisa Point sans l'imiter le moins
du monde, au contraire, Caroline Loeb semblant avoir trouvé ici
(ainsi que dans "Simplement") sa parfaite mesure vocale et interprétative.
Parfois la Loeb réapparaît, avec son costume ouaté
et son gosier Arletty, pour le pire ("C'est l'extase", nouveau
et vain "C'est la ouate") ou le meilleur ("Accointances",
d'une gouaille légère, pour porter de beaux passés
simples : "Vous fûtes la bonne âme, le grand prêtre
/ Les bigotes pleuraient sous votre fenêtre / Relation interdite
en rien établie / Vous défroqué, je me suis enfuie"...).
Mais ce ne sont que des parenthèses : la véritable couleur
vocale (et musicale, et textuelle) de l'album est ailleurs, par exemple
dans le parlé lointain et désabusé de "On s'y
fait" (joyau nocturne de l'album) ou la déclamation triste
de "T'étais pas là" (belle clôture). Ou
encore dans "Tallulah, Darling", magnifique berceuse produite
par Lizzy Mercier Descloux et Michel Bassignani (en quelle année
?), d'une pureté, d'une élégance, d'une évidence
quasiment velvetiennes...
En bonus, Caroline Loeb a ajouté deux titres de son spectacle de
music-hall : une reprise cabaret de "Like A Virgin" de Madonna
et un pastiche du "C'est vrai" de Mistinguett, tous deux plaisants
et "efficaces" sur scène, mais affreusement hors-sujet
dans ce Crime parfait, et particulièrement désagréables,
les bonus s'enchaînant immédiatement à l'album, sans
les dix minutes de silence qui auraient été indispensables
au passage d'un monde à l'autre. Cependant cette concession sans
doute nécessaire pour vendre quelques exemplaires du disque après
le spectacle, cette infidélité (à la vraie nature
d'un album), n'est-elle pas, en définitive, profondément
fidèle à Caroline Loeb, maîtresse du grand écart
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