Filer
aux Etats-Unis pour y enregistrer un disque dans la plus grande
liberté, sans le poids d'une industrie trop lourde
- mais surtout pour se frotter à cette Amérique
imaginaire qui fascine tant et tenter d'en capter l'esprit:
tel est le pari d'Helena Noguerra et de Federico Pellegrini
(ex Little Rabbits) qui ont créé pour l'occasion
Dillinger Girl et "Baby Face" Nelson. Malheureusement
jouer avec les clichés ou les mythes (fussent-ils ceux
de la sous-culture populaire américaine) est une entreprise
bien plus périlleuse qu'elle n'en a l'air, et l'escapade
outre-Atlantique des deux figures de la french pop se révèle
un fiasco.
Il y a d'abord le choix du concept lui-même (deux braqueurs
à la Bonnie and Clyde), tellement rabâché,
tellement épuisé que le duo croit nécessaire
de l'expliciter sans cesse, de le décliner, alors que
les chansons (même reliées par un fil directeur)
auraient dû se suffire à elles-mêmes. (Se
vérifie une nouvelle fois que plus "l'artiste"
détaille ses intentions, plus l'oeuvre risque de se
révéler creuse).
Car les compositions ne sont pas à la hauteur du projet:
répétitives, rudimentaires, peu mélodiques,
prosaïques le plus souvent, à l'image de l'affreux
"Smile", du crispant "Changes", du totalement
insignifiant "Miss" ou du très paresseux
pastiche folk "Dillinger girl". Parfois c'est de
la scène rock française circa 1997 (Louise Attaque
ou... Little Rabbits) que Federico Pellegrini semble s'inspirer,
comme pour "Love" ou "Move", aussi peu
américains que possible. Quelques choeurs ou harmonies
vocales (certes minimales) viennent à l'occasion éclairer
un morceau ("Stop", "Hit" ou "Share",
sans doute les meilleurs titres de l'album) et tenter de sortir
l'auditeur d'une torpeur musicale rédhibitoire, laquelle
est encore accentuée par la guitare monotone de "Baby
Face" Nelson (l'unique instrument du disque) et le chant
parfois ingrat de Dillinger Girl (en concert le duo est plus
convaincant sur ces deux points précis). On a d'ailleurs
parfois du mal à reconnaître Helena Noguerra:
par exemple où diable est-elle allée chercher
cette voix de canard sur "Smile" ? (Elle dit vouloir
"moins faire la crooneuse", et c'est bien dommage:
on la préfère vocalement plus crâneuse
en effet.)
La faiblesse des compositions ainsi que le minimalisme, pour
ne pas dire l'indigence de la réalisation musicale,
accentuent considérablement l'aspect potache (cf. les
photomatons en couverture) d'un disque qui semble confondre
virée entre copains et exercice de style. Car jouer
avec des stéréotypes exige le plus grand soin
et la plus grande précision. Et pour imiter le cool
américain, il faut bien autre chose qu'une prononciation
molle et fatiguée. De même que pour transformer
"Heart of glass", le chef d'oeuvre disco pop ultra-produit
de Blondie, en une parodie cheap, amusante et stupide (intitulée
"Super believe"), il fallait plus qu'une "drum
machine" paresseuse et vraiment cheap... Peut-être
simplement un peu de sérieux, la qualité indispensable
à tout pastiche ?
Bang ! sonne en définitive comme un coup de
pistolet à eau... Si vous souhaitez revisiter l'Amérique
depuis la France, écoutez plutôt "Emma
et Vienna", très belle vignette néowestern
de Mikado, ou même... "Bang bang" interprété
par une Sheila qui, malgré tout (et peut-être
malgré elle...), parvient à laisser filtrer
un peu de cette odeur de poudre si caractéristique
de la chanson de Sony Bono - bien mieux en tout cas que ce
Bang ! extraordinairement inodore et inoffensif.
|