| Adriana Voss | |||
Le Voyage à Ostende |
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| Cabaret Essaïon (Paris), le 19 décembre 2009 | Récitals | ||
| Avec Roger Pouly au piano | Sommaire | ||
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Quelques pas prudents dans le noir entre les piliers de la cave, puis elle prend place sous la lumière, face au micro, une petite guitare en bandoulière, sans un seul applaudissement. Courte et saisissante entrée en scène qui montre le refus non du rituel lui-même mais de son confort et de ses alentissements : visiblement Adriana Voss a choisi ce soir d'avancer d'un pas rapide et de ne jamais s'installer. Les deux premières chansons interprétées d'une voix beaucoup moins pleine que d'habitude et accompagnées seulement de quelques frêles accords de guitare, creusent cette première impression jusqu'au vertige : ce concert sera celui de la déprise, de l'abandon et du risque. Un "Voyage d'hiver" en somme, bien davantage qu'un "Voyage à Ostende", au cours duquel la chanteuse brûlera ses vaisseaux un à un : la plénitude du chant, la richesse harmonique du piano, le soutien amical de Roger Pouly, le compagnon de toujours... tout cela envolé, disparu, remplacé par la corde raide et le dénuement, lesquels peuvent produire une tout autre qualité de beauté, comme le prouve "Ni Ophélie, ni Lorelei", la magnifique chanson de Debronckart et Laix qui ouvre le concert et immédiatement bouleverse l'auditeur fasciné précisément par l'aptitude d'Adriana Voss, héraut de la profondeur et de la richesse (de la mémoire, du temps, du patrimoine, de l'Histoire, des paysages etc.), à se faire le messager fragile et paradoxal de l'absence et du déracinement : "Je viens de nulle part / Je vais où bon me chante [...] Moi, je n'ai pas d'histoire / Moi, je n'ai rien à dire"... avant d'enchaîner, toujours à la guitare, avec "Pensées des morts" (poème de Lamartine mis en musique par Brassens), "pour ceux qui nous ont quittés cette année"... Pour la troisième chanson Roger Pouly sort de l'ombre et rejoint le piano, tandis que la voix d'Adriana Voss retrouve de son côté sa chair et sa séduction habituelles ; le léger "Sympathie" (jadis chanté par Suzy Delair) n'en réclamait pas moins, certes, mais loin de rassurer le spectateur, ce retour en terrain connu achève de le dérouter : quel interprète, en effet, a jamais osé de tels rapprochements et de tels écarts, passant sans aucune transition de standards universels ("La Foule", "Besame mucho") à de minuscules pièces de moins d'une minute qui s'apparentent davantage au lied qu'à la chanson ("La Petite Danseuse", "Les Tilleuls") ? Et du piano souverain à la guitare maladroite ? Et de la maîtrise vocale à la fragilité ? |
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Jérôme Reybaud, décembre 2009 |
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