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Laissez
Placebo, Jane Birkin, Taratata et Universal étouffer Serge Gainsbourg
sous le poids de leurs discours convenus, leur glose mécanique,
leur célébration hystérique, et poussez la porte
d'un théâtre du onzième arrondissement où Simone
Tassimot, après la tentative ratée d'une Zizi Jeanmaire
noyée sous des arrangements grossiers (Zizi au Zénith,
1995), et le forfait de Régine au Théâtre du Châtelet
(Régine chante Gainsbourg, qui aurait dû être
donné au printemps), offre un récital Gainsbourg, chose
finalement plus rare et plus périlleuse qu'il ne semble.
"Tic, tac, toe" en ouverture d'abord inquiète: autant
Simone Tassimot parvient à transcender le très beau pastiche
de chanson réaliste que Serge Gainsbourg avait écrit pour
Régine ("Mallo-Mallory"), autant cette fantaisie un peu
simplette convient mieux à sa créatrice Régine, qui
seule réussit à faire claquer (sur des arrangements disco
rudimentaires) les pauvres rimes du grand Serge ("Un soir j'surprends
mon pote / Tout nu sous son trench-coat").
Mais au deuxième morceau, "Les oubliettes", tout prend
miraculeusement forme. Non seulement Simone Tassimot s'approprie le plus
naturellement du monde une chanson d'homme ("Dans chaque guinguette
/ J'ai cherché Juliette / Je n'ai je regrette / Que trouvé
Margot"), mais surtout elle rend toute sa force à la chanson,
sa poésie de la rue, où les regrets du poète "se
valsent musette dans les caboulots"... sans jamais toutefois verser
dans le populo de convention. Car Simone Tassimot maîtrise sa gouaille,
pour ne laisser passer que les mots et leur musique.
Chaque titre est revisité par ce phrasé à la fois
extrêmement doux et rugueux. Et lorsque soudain nous sommes sous
le choc au détour d'une intonation (incroyables "Amours perdues"),
la douceur du timbre libère toutes les émotions jusque-là
retenues par une âpreté vocale merveilleuse. Nous oublions
presque les interprètes originales... enfin, toute la verroterie
vocale de Juliette Gréco plus facilement que le muscle de Catherine
Sauvage, dont Simone Tassimot reprend "Les nanas au paradis".
Quant à Catherine Deneuve, s'il n'est certes pas très difficile
de faire oublier son parlé-chanté, disons, expérimental,
il n'est pas donné à tout le monde en revanche de rendre
justice à "Dépression au-dessus du jardin" et
"Ces petits riens", ces deux magnifiques chansons qu'inexplicablement
Serge Gainsbourg lui a offertes. Et il ne manque à Simone Tassimot
qu'un grand orchestre sachant phraser aussi bien qu'elle (à la
place d'un pianiste distant) pour faire de sa version bossa de "Ces
petits riens" une "version de référence",
au même titre que "La chanson de Prévert" par Cora
Vaucaire.
"Les goémons" sont énoncés avec retenue,
pas celle, fabriquée, d'une Jane Birkin singeant la discrétion,
mais celle d'une diseuse qui aime et connaît le poids exact des
mots. D'ailleurs ensuite Simone Tassimot a choisi de débarrasser
"Je suis venu te dire que je m'en vais" de sa musique, pour
faire redécouvrir le texte (tout comme Zizi Jeanmaire lors de son
récital à l'opéra Bastille pour... "Ces petits
riens").
Entre les chansons, Simone Tassimot glisse des aphorismes de Gainsbourg
("Prenez une vedette, j'en ferai une inconnue" etc)... qui s'avèrent
finalement bien moins drôles que le "Back to the eighties"
que Simone Tassimot lance elle-même pour introduire l'un des moments
les plus curieux, et les plus réussis, de son récital Gainsbourg:
la recréation de "Baby alone in Babylone", une chanson
si intimement liée à Jane Birkin que personne encore n'avait
eu l'idée de la reprendre. Et pourtant, tout se passe comme si,
en transitant par le gosier si typiquement français, pour ne pas
dire parisien, de Simone Tassimot, l'éclat mortifère des
avenues de Los Angeles brillait avec plus de force encore - la force même
de la distance.
La surprise est telle et le défi est si brillamment remporté,
que l'on se prend à regretter qu'au lieu de la trop attendue "Javanaise",
Simone Tassimot n'ait pas terminé son récital par un autre
titre-gageure. "Beau oui comme Bowie" ? |
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