| |
Suite
de la tournée de tous les succès pour Mr Katerine. Après
avoir enflammé les festivals d’été, des Francofolies
aux Eurockéennes, l’iconoclaste nantais s’installe
au Cirque Royal de Bruxelles le temps d’une soirée avec ses
amis, les ex-Petits Lapins (aujourd'hui La Secte Machine).
Curieusement, et malgré un bouche à oreille plus que positif
après sa prestation aux Nuits du Botanique quelques mois auparavant,
le concert n’est pas complet et lorsque nous arrivons vers huit
heures moins le quart (pour un début de spectacle prévu
à huit heures), c’est une salle plutôt clairsemée
qui nous accueille. Néanmoins une ambiance légèrement
électrique parcourt le public, qui semble de toute façon
acquis d’avance.
"Avant le plat de résistance, il y a toujours les hors d’œuvres":
c'est par ces mots que Katerine introduit "la première partie".
Un homme s’avance, guitare à la main, assez grand et longiligne,
cheveux plus sel que poivre, lunettes rectangulaires. Sa silhouette ne
nous est pas totalement inconnue. Il attaque un morceau: incroyable, le
retour de Czerkinsky ! En cinq nouveaux titres et deux succès ("Natacha"
et "Les sacs en plastic"), Grégori réussit cependant
à se mettre la salle à dos. Non seulement ses chansons ne
sont pas forcément évidentes à la première
écoute, mais les deux succès passés qu’il reprend
sont massacrés. "Natacha", comptine pop par excellence,
qui emprunte son gimmick au "Christiansen" de France Gall, ne
se remet pas de l’affront. D'ailleurs Czerkinsky a la même
attitude que lors de ses concerts parisiens à la sortie de son
premier album solo: professionnellement suicidaire. Lorsque, au premier
rang, un spectateur l’interpelle pour lui demander qui il est, Czerkinsky
se lance dans un monologue sur l’être et le savoir: "Il
vaut mieux être parce qu’on ne sait jamais qui on est…".
Bref, il ne donne pas son nom. On ne peut pas l’accuser de promotion
à outrance… Reste que si sa performance laisse à désirer,
les nouveaux titres ne sont pas dénués de charme et l’on
retrouve le style de son album éponyme. Vivement le suivant.
La salle est désormais bien remplie. Le noir se fait. Arrivée
des ex-Little Rabbits et de Katerine: les premières notes d’"Êtres
humains" résonnent. Le ton est résolument rock. Mr
Katerine, pieds nus, slip rose qui laisse assez peu de place à
l’imagination, torse peint (y sont dessinés, façon
écorché, poumons, cœur, intestins… et sur son
dos, est inscrit "EN CORPS"), a le sourire d’un gosse
préparant un sale coup: on va voir ce qu’on va voir - et
on a vu et entendu. D'abord Katerine chante bien, ensuite il a une présence
incroyable sur scène: c'est une vraie rock star qui démontre
qu’il n’est pas nécessaire de sortir d’une boule
à facettes, comme Madonna dernièrement, pour capter l'attention
(la sienne d'ailleurs, de boule, est accrochée au dessus de la
scène). Les titres de l’album s’enchaînent sous
les "Oh !" et les "Ah !" d'un public qui connaît
vraiment l’œuvre du dernier surréaliste de la pop française,
bien au-delà des seuls "Louxor j’adore" et "100%
VIP", et sait apprécier "Numéros" par exemple,
qui même sans la douce voix d’Helena, reste une des plus belles
chansons de son auteur. Katerine revisite aussi ses précédents
albums le temps d’un "Grands restaurants" et d’un
"Parlez-vous anglais ?", qui s'accommodent très bien
de leur nouvel habillage rock, ou encore le temps d'un "Le simplet",
qui perd sur scène tout ce qu'il peut avoir de crispant sur l'album
(L'Homme à trois mains). Katerine lui-même l’avoue
en préambule: "Cette chanson a été reconnue
comme pouvant donner de l’urticaire"; mais l'on doit se rendre
à l’évidence, le charme de l’animal et son interprétation
peuvent tout faire passer. Ses cauchemars éveillés, ses
énumérations semblent parler à tout le monde, comme
si c’étaient nos propres cauchemars qu’on prendrait
plaisir à voir sur scène, avec enfin le second degré
nécessaire pour en rire.
Après un tableau "100% VIP" (les petits lapins abandonnent
la scène un instant, sur l’écran leur transformation
façon San Ku Kaï les pare de cagoules en aluminium, de slips
roses et sous pulls, puis ils reviennent pour jouer le morceau), un "Je
vous emmerde" pendant lequel Katerine invite une demoiselle du premier
rang à danser avec lui, et enfin "Borderline", Mr K se
retrouve seul en scène avec sa guitare pour un intermède
aussi minimaliste que ses premiers concerts. Et certains titres gagnent
encore en beauté, comme ce "Jardin botanique", forcément
écrit à Bruxelles, comme le rappelle son auteur.
La dernière partie du spectacle est traitée comme un final
déjanté. D'abord une "invitée surprise",
Boulette et ses copines, à savoir un des personnages créés
pour l’album 8ème ciel: en fait les petits lapins
sont habillés en fillettes de 12 ans, qui se tiennent à
genoux sur la scène… Bref le grand n’importe quoi,
et tout ça pour deux titres seulement ! Mais Katerine s’amuse,
profite de son tout nouveau statut de vedette de la chanson pour faire
ce qu’il veut, notamment avec ses cheveux... Enfin, pour le grand
rappel que tout le monde attendait, un bis de "Louxor j’adore"
repris à grand renfort de majorettes (les Vedettes !) tout spécialement
pour Bruxelles (finalement elles répèteront ce happening
lors de l’Olympia du 30 octobre prochain). Le public est heureux.
Katerine sourit comme un enfant. Les petits lapins se déchaînent
dans leur slip vert: le grand cirque royal ! |
|
|